Jacques Attali a dit

Jacques Attali est inquiet. Me direz-vous, ce n’est pas la première fois. Le sujet de son tourment ? L’Europe. Notre continent est seul face à l’adversité du monde. Il se pensait protégé par le grand frère américain, son ami de toujours. Eh bien : que nenni. Le grand frère nous a mis sous coupe réglée et se désintéresse de nous, désormais.

Que faire ? Lisez la suite et dites-moi si vous en tirez quelque chose.

Moi, je reste perplexe…

******

Paru sur LinkedIn

Nous, Européens, nous sommes seuls.

Quand comprendrons-nous, nous Européens, que nous sommes seuls ? Quand en tirerons-nous de justes conclusions ?

Ce qui se joue en Allemagne et en Italie aujourd’hui conduit à rechercher d’urgence des réponses à ces questions vitales.

Depuis les années vingt, les Européens se sont habitués progressivement à l’idée que, même s’ils faisaient mille bêtises, il y aurait toujours quelqu’un pour les sauver de leurs propres turpitudes. Et les Etats-Unis se sont progressivement installés dans cette situation de deus ex machina. Et de fait, ils nous ont sauvé (avec Staline) des monstres nazis avec leurs armées ; de notre sclérose économique avec le plan Marshall ; de la menace soviétique avec leurs missiles nucléaires.

Longtemps, les Européens ne voulurent pas voir que ce soutien n’était pas altruiste : l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1940 a été le vrai moteur de leur sortie de la crise de 1929. Le plan Marshall leur a permis d’écouler en masse leur matériels et marchandises. Et la protection nucléaire face à l’Union Soviétique aidait à justifier les ressources énormes consacrées à leur complexe militaro industriel.

Plus encore, ce soutien est toujours resté sous contrôle et soigneusement limité : les Américains faisaient tout pour que leurs Alliés continuent d’avoir besoin d’eux. Pas question pour les Européens d’être indépendants militairement, financièrement, culturellement, industriellement, technologiquement. Pas une industrie stratégique dont les Etats-Unis ne cherche à en conserver le contrôle ou à en priver les Européens. Pas un domaine du droit sans que les Américains ne cherchent à en fixer les règles.  Pas un domaine de l’innovation sans que les Américains n’en tirent les ficelles.

Les Européens sont longtemps restés aveugles, face à ce cynisme faussement altruiste. En vassaux dociles, ils n’ont rien fait pour créer les conditions de leur autonomie, (sauf, partiellement, en matière monétaire). Ils l’ont même approuvé, jouissant pour la plupart honteusement de leur servitude.

Aujourd’hui, tout semble changer. Les Européens ne peuvent plus ne pas voir qu’ils sont seuls ; que les Américains ne sont plus là pour les défendre ; que le Président américain prend ses décisions sans tenir compte ni des points de vue, ni des intérêts de leurs alliés.

Et ce n’est pas propre à Donald Trump. Bien avant, depuis au moins George W. Bush, les Américains n’en font qu’à leur tête. Obama l’avait même théorisé en formulant le concept stupéfiant de « direction depuis l’arrière » : il fallait son charme pour que nul ne relève la lâcheté d’une telle formule.

Obéir aux Américains quand c’est conforme à notre stratégie est une chose. Se soumettre à leurs diktats quand c’est contraire à nos intérêts en est une autre.

Les Européens n’ont cependant pas encore tiré les conclusions de leur solitude. Ils n’ont pas encore réalisé que, s’ils sont soumis à une attaque quelconque, terroriste ou stratégique, il n’est plus du tout certain que Washington enverra ses soldats, ou risquera de recevoir une bombe sur son territoire. Je suis même, pour ma part, persuadé que le contraire est, à moyen terme, certain : si l’Europe est attaquée, aucun Américain ne viendra plus mourir pour nous sauver.

Séparés, les pays européens ne pourront rien contre ce qui les menace et les populistes sont aussi suicidaires que les atlantistes béats. 

Il serait donc criminel (et je pèse mes mots) pour les dirigeants européens de ne pas s’y préparer ensemble. De ne pas tout faire pour que leurs armées n’aient plus besoin de technologies américaines pour fonctionner ; de créer les conditions d’une défense commune à leurs frontières terrestres et maritimes. De disposer de moyens d’informations indépendants des satellites et des câbles sous-marins américains.

Le fédéralisme européen, que seul propose le président français n’est plus une option parmi d’autre. Il est en train de devenir la condition nécessaire de la survie des cultures de notre continent.

                                                                                                        j@attali.com

 

Commentaire

Je ne comprends pas.

De qui parle monsieur Attali quand il invoque les Européens des années 20 ? Pour moi, ces Européens étaient alors les habitants d’une Europe des nations. Chacun, Français, Allemand, Italien, Britannique… se considérait comme citoyen de son pays et non comme Européen. Donc, le terme « Européen(s) » me semble inapproprié car anachronique. Puis il nous dit que les États-Unis se sont installés comme « deus ex machina » d’une Europe inconséquente. Mais qui a fait appel aux Américains entre 1940 et 1945 pour délivrer le monde de l’Allemagne nazie ? Les Européens ? Ah bon ! Les Italiens ? L’Italie était fasciste. Les Espagnols ? L’Espagne était franquiste. Les Français ? La France vivait sous le régime de Vichy. Quant aux Français de la France libre, celle de Londres, je crois savoir que de Gaulle n’a pas pensé à l’Amérique, pas plus d’ailleurs que les Français de la Résistance intérieure dont une majorité était communiste. Qui alors, sinon la Grande-Bretagne de Churchill ? Ainsi, les Européens qui ont imploré les États-Unis d’intervenir étaient les Britanniques et ce qu’il restait de démocrates sur le continent. C’était peu. Et puis il convient quand même de préciser que si les Américains se sont engagés militairement dans la guerre en Europe, c’était aussi, nonobstant les arrière-pensées politiques rappelées par l’auteur, parce qu’il y avait eu Pearl Harbor.

Ensuite, invoquer la sclérose de l’économie européenne pour justifier le plan Marshall est un peu spécieux car l’Europe n’était pas économiquement sclérosée (ce qu’elle est sans doute aujourd’hui) mais ruinée par cinq années de guerre. La reconstruction était une aubaine pour l’économie du géant américain. Enfin, parler des missiles US pour nous protéger des missiles soviétiques ou russes, c’est faire peu de cas de la politique de défense de la France qui, grâce à de Gaulle, était indépendante et qui, pour ce qui relève du nucléaire, l’est encore.

À partir de 1945, il y eut l’Europe de l’ouest opposée à celle de l’est sous tutelle soviétique. Puis il y eut la CEE et donc « les Européens ». Mais dans cette Europe de l’ouest, qui étaient les Européens naïfs zélateurs des États-Unis ? C’était, comme on disait, les atlantistes brocardés comme parti de l’étranger. Certes, si beaucoup d’Européens, dont la RFA militairement bridée, regroupés dans l’OTAN, comptaient sur la protection militaire des États-Unis, pour autant, tous, loin de là, n’étaient pas des laudateurs de l’Amérique. Les gaullistes, mais aussi les communistes, nombreux dans l’après-guerre, n’ont jamais considéré le soutien américain comme étant altruiste.

L’auteur dit n’avoir pas été dupe. Très bien. Pourtant, conseiller du président François Mitterrand, il a apporté une contribution non négligeable au traité de Maastricht alors même qu’il savait que les Américains agissaient en sous-main pour maintenir l’Europe sous tutelle, comme il le dit ici sans détour. Elle l’est désormais. Et Donald Trump ne se gêne pas pour le lui signifier quand avant lui, Kennedy, en 1962, avait royalement ignoré le continent européen alors qu’il était sur le point de déclencher l’apocalypse nucléaire dans le bras de fer qui l’opposait à l’URSS à propos des missiles soviétiques déployés à Cuba.

Qui est cynique ? L’Amérique vraiment ? Pas plus que n’importe quel État cherchant à servir ses intérêts et ceux de ses électeurs lorsqu’il s’agit d’une démocratie. Et ce n’est pas cyniquement mais bien naturellement que la tentation hégémonique l’emporte quand un État devient première puissance économique d’un monde qui, après Hiroshima, bannissant la suprématie des armes, a instauré celle de l’argent.

Dans ce monde de l’après-guerre dominé par les empires économiques, la France devait être plus forte en étant dans l’Europe. C’est ce qu’a toujours clamé monsieur Attali.  Or, sachant ce qu’il dit avoir toujours su du cynisme américain, comment a-t-il pu alors mettre sur les rails de la vassalisation à Washington une structure européenne dans laquelle la France, comme les 27 autres pays qui constituent la communauté européenne, est entravée jusqu’à la paralysie par les dispositions du traité de Lisbonne héritier de celui de Maastricht ? De fait, la sclérose économique de cette Europe, dénoncée par lui, est consubstantielle du fonctionnement même de l’édifice européen tel qu’il existe désormais et auquel Jacques Attali a travaillé : rien d’essentiel dans cette Europe ne peut évoluer sans majorité absolue. Aussi, tout est figé. Ce n’est pas le glacis soviétique, c’est le glacis européen. Et notre pays, comme les autres, est pris dans la glace. Alors de là à réclamer plus d’Europe, c’est à dire, plus de glace !

Dès lors, relancer le projet d’une Défense européenne suppose, notamment, que l’Allemagne, démunie d’armement nucléaire et dont les forces armées sont bridées, renonce à la protection que lui offre les États-Unis via l’OTAN ; cela suppose aussi que les pays de l’ex-Europe de l’est et plus particulièrement les pays frontaliers de la Russie renoncent également à la protection que leur offre l’OTAN. Et tout cela se ferait contre la volonté de Washington pour qui l’OTAN est l’un des leviers qui nous maintient sous domination ?

Pareille émancipation souhaitée par l’auteur ne semble donc pas pour demain.

Jacques Attali vit un rêve. Le genre de rêve évoqué dans son Verbatim quand, à l’approche de l’élection présidentielle de 1988, l’auteur souhaitait l’instauration sur l’ensemble du continent d’une forme de sécurité sociale (un mieux-disant-social) alors qu’il ne pouvait ignorer, en économiste et en libéral qu’il est, que la rentabilité pousse à la réduction de la masse salariale et donc à la baisse des protections sociales. D’ailleurs, nous sommes 30 ans plus tard et nous avons vu baisser la masse salariale en Europe et diminuer la protection sociale. Et ce n’est pas fini, Goldman Sachs recommandant à la France de réduire encore de 20% cette même masse.

Décidément, cet article me laisse perplexe et monsieur Attali demeure une énigme à vouloir se jouer ainsi d’une réalité dont il connaît parfaitement les contours et qui, inévitablement, finit par s’imposer. Je ne comprends pas alors pourquoi il faudrait plus d’Europe quand la logique qu’il nous indique nous inciterait, au contraire, à sortir de l’OTAN et de cette Europe. Là sera la réalité de demain. Ce qui se passe en Italie et en Allemagne en est un signe avant-coureur.

Décidément je ne vous comprends pas monsieur Attali.

Je ne comprends pas.

 

 

 

 

 

A propos pascaldubellé

Auteur de romans
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s