La dette souveraine pour une souveraineté perdue

Depuis quelques années déjà, il est question de la dette dont le montant est devenu astronomique au point que le seul remboursement des intérêts représente désormais le deuxième poste budgétaire de l’État français (plus de 45 milliards d’euros en 2016).

Certains usent de cet état de fait pour nous culpabiliser au motif que nous coûtons trop cher (salaires et cotisations/prestations sociales trop élevés) et nous amener à accepter les recommandations de Goldman Sachs enjoignant notre gouvernement à réduire la masse salariale de 20%. D’autres, ce qui va dans le même sens, dénoncent la gabegie de l’État qui dépense trop si bien que, année après année, depuis 1974 date du dernier exercice budgétaire en équilibre, se creuse le déficit qui alimente la dette.

Pas du tout, dit un petit nombre d’économistes, dont Étienne Chouard, AJ. Holbecq ou P. Derudder, la dette ne répond pas tant à l’accumulation des déficits budgétaires qu’au fait qu’à partir de 1973 (Giscard étant ministre des Finances de G Pompidou avant d’accéder à la Présidence), obligation fut faite à l’État d’emprunter au seul secteur privé (avec intérêts donc) quand jusqu’alors il empruntait à 0% auprès de la Banque de France. Si bien qu’aujourd’hui, 45 ans plus tard, le montant cumulé des intérêts versés aux organismes prêteurs du secteur privé se monte  à environ 1 400 milliards d’euros  (estimation faite en euro courant et non en euros constant). Le montant de notre dette étant de près de 2 100 milliards d’euros, cela signifie que les 2/3 de celle-ci découlent de la décision prise en 1973. Ainsi, sans ces fichus intérêts, notre dette ne serait que de 700 milliards d’euros, une somme très supportable donc et qui, elle, étant dénuée d’intérêts, n’obérerait pas notre avenir.

Mais alors se posent quelques questions.

  • Pourquoi l’État français a-t-il pris cette décision en 1973 et pourquoi n’est-il jamais revenu dessus depuis (du moins jusqu’à 1992, date des accords de Maastricht qui généralisèrent la décision au niveau européen) ?
  • En 1973, l’État avait-il un besoin d’argent tel que les ressources de la Banque de France ne suffisaient pas ?
  • En 1973, emprunter aux marchés financiers (banques privées, fonds d’investissements, assurances), pour des dépenses d’investissements lourds, représentait-il une alternative aux emprunts du type Pinay (1952) ou Giscard (1973) qui tous deux ont coûté un bras, indexés malencontreusement sur le Napoléon pour l’un, sur l’or pour l’autre, l’emprunt Giscard ayant ainsi coûté la coquette somme de 76,7 milliards de francs pour 6 récoltés ?
  • Autre souci de l’époque, l’inflation qui, couplée aux dévaluations, était un fléau. En 1973, n’était-ce pas là la raison principale du choix comme elle fut, aux États-Unis, la raison qui poussa à la rupture des accords de Bretton Woods (une inflation américaine due en grande partie au fardeau de la guerre au Vietnam selon Noam Chomsky) ?
  • Cette décision d’emprunter uniquement sur les marchés financiers privés n’est-elle pas aussi une des conséquences indirecte de la fin des accords de Bretton Woods qui, en désindexant le dollar de l’or, entraîna le flottement des monnaies liées à un étalon dollar instable et dévalué ? Aussi pour mettre un terme aux ravages causés par le couple inflation/dévaluation, ne jugea-t-on pas préférable de maintenir le recours à l’emprunt à intérêts plutôt que d’accorder aux États la facilité d’abuser de la planche à billets via les banques centrales nationales, ruinant au passage le secteur bancaire privé ?
  • Au plan européen enfin, la peur de l’inflation de triste mémoire en Allemagne, car rendue responsable de de la chute de la République Weimar et de l’accession au pouvoir d’Hitler, n’a-t-elle pas conduit à intégrer cette mesure dans le traité de Maastricht, la verrouillant par là même ?

Quoi qu’il en soit, plus de quarante années plus tard, emprunter aux marchés financiers se révèle une mesure désastreuse, les États étant désormais étranglés par leurs dettes, des dettes qui, par ailleurs, pour ce qui concerne la France, sont contractées auprès d’organismes majoritairement étrangers (une part qui tend cependant à diminuer). Si bien que non seulement les États se sont passé la corde au cou, mais de plus, ils se sont rendu totalement dépendants de l’étranger. De là, peut-être, la « sage » précaution prise par nos dirigeants en 2007 de supprimer de la constitution les crimes de haute trahison et d’attentat contre la sûreté de la République (sait-on jamais, un jour, peut-être, les Français, ouvrant les yeux, pourraient bien demander des comptes puisque ce sont eux, nos représentants, garants de notre indépendance qui, en pleine « guerre économique », ont livré le pays aux puissances d’argent majoritairement américaines ou, pour le moins, lui ont tiré une balle dans le pied).

En l’état, depuis Maastricht, aucun gouvernement de l’Union européenne ne peut décider de rompre avec cette pratique consistant à emprunter à intérêt plutôt qu’à taux nul auprès des banques centrales nationales. Pourtant, toutes les grandes nations de l’Union sont concernées par le poids de la dette y compris la vertueuse Allemagne dont la dette est de près de 2 100 milliards d’euros quand l’ensemble des pays de cette même Union traîne une dette de 12 400 milliards d’euros ce qui représente en moyenne 83,5 % du PIB européen.

Mettre un terme à ce système nécessite, en Europe, que l’unanimité soit recueillie afin de modifier l’article 123 du traité de fonctionnement de l’UE (TFUE) qui a repris l’article 104 du traité de Maastricht. Or, obsédée par son passé, l’Allemagne s’y refuserait, l’inflation étant pour elle le pire de maux (l’ombre d’Hitler plane encore sur la conscience allemande et au-delà).

Au plan national français, lors de la dernière élection présidentielle, aucun candidat, même parmi les plus « rebelles », nationalistes ou anticapitalistes, n’a sérieusement abordé cette question et proposé de revoir les modalités d’emprunt. Or, pour les nationalistes, cette question ne peut être qu’essentielle puisque le pays est captif des intérêts privés et étrangers quand les anticapitalistes ne sauraient tolérer plus longtemps cette mainmise de l’argent sur le destin des peuples. Eh bien force est de constater qui ni madame Le Pen, ni monsieur Dupont-Aignan, ni les leaders de la France anticapitaliste, ni monsieur Mélenchon, le grand insoumis, n’ont soulevé ce problème qui, en toute logique aurait dû les conduire à proposer pour le moins une modification de l’article 123 du TFUE, et, plus sérieusement, une sortie de l’UE par l’application de l’article 50 du TUE ainsi que l’ont fait les Britanniques et ainsi que le propose François Asselineau.

______________________________________________________________

VERSION CONSOLIDÉE DU

TRAITÉ SUR LE FONCTIONNEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE

Article 123 (ex-article 101 TCE)

  1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci- après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
  2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne, du même traitement que les établissements privés de crédit.

______________________________________________________________

Sans doute la crainte du bannissement et de la mort politique a-t-elle tempéré les ardeurs de ces « opposants » au système vu le sort réservé à François Asselineau sur les médias, seul homme politique français à proposer de sortir de l’UE, préalable indispensable à qui voudrait redonner à l’État sa liberté vis-à-vis des marchés financiers. Mais, plus encore que la sortie de l’Union européenne, est tracée là, assurément, une ligne jaune absolue, une ligne rouge que nul ne saurait franchir quand bien même le système en place irait à sa perte et alors même que ce système produit des inégalités insupportables, appauvrissant les uns, nombreux, pour enrichir les autres, une poignée de milliardaires, 1826, qui possèdent à eux-seuls 7 050 milliards de dollars soit plus de la moitié de l’ensemble des dettes des pays de l’UE http://www.humanite.fr/infographie-qui-sont-les-1826-milliardaires-dans-le-monde-567260 .

Pourtant, au point où en sont les choses, alors que les États croulent sous les dettes et que l’Europe est menacée d’implosion, édifier de nouvelles règles paraît souhaitable, des règles qui permettraient que ni les États ni les marchés ne soient mis en difficulté. Ainsi, pourquoi ne pas permettre aux États d’emprunter aux Banques centrales pour ce qui concerne les dépenses de fonctionnement, la mauvaise dette, en limitant l’obligation d’emprunt sur les marchés financiers aux dépenses d’investissements, la bonne dette ? Mais un pays, fût-ce la France, peut-il opérer seul un tel changement sans mettre en péril son économie et ses finances ? Un tel changement de règle, s’il devait intervenir, ne relève-t-il pas davantage d’une décision commune européenne ? On sait ce que l’Allemagne en pense mais sait-on ce qu’en penserait le gouvernement américain qui lui ne s’interdit pas d’émettre des obligations auprès de la Réserve fédérale américaine (Entre 2008 et 2012 la Réserve fédérale a acheté 2 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain ; source Wikipédia) ?

Dans l’immédiat, gageons que rien ne changera, tant que l’Allemagne redoutera plus que tout l’inflation et tant que les États-Unis ne trouveront aucun intérêt à l’affaire, bien au contraire, l’Europe traînant un boulet qui la rend moins compétitive et qui sape la souveraineté des États qui la composent.

DOCUMENTATION

https://www.youtube.com/watch?v=jxhW_Ru1ke0

https://www.youtube.com/watch?v=ZE8xBzcLYRs

http://www.democratieevolutive.fr/index.php/fr/Economie-a-Valeurs-Ajoutees-Humaines/interets-de-la-dette-de-la-france.html

https://www.youtube.com/watch?v=_CchOY6ZAKk

Contrepoint

 https://www.youtube.com/watch?v=9Febr9kKeaY&index=12&list=PLKVgrNogVYWJqaYEsmyfKUgW2ciQfuHv-
Publicités

A propos pascaldubellé

Auteur de romans
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s