Emmanuel Macron président

Sondage-presidentielle-la-dynamique-Emmanuel-MacronNous venons d’élire notre nouveau président au terme d’une campagne folle, indigne disent certains, violente disent d’autres, escamotée sans doute, mais une campagne qui a bouleversé le paysage politique français.

Totalement imprévu, le duel final d’entre-deux-tours a opposé deux candidats dont aucun n’appartient à l’un des deux grands courants politiques qui ont dirigé le pays depuis les débuts de la cinquième République. Certes, Marine Le Pen était attendue depuis son score aux élections européennes mais Emmanuel Macron, qui n’est d’aucun parti, était une surprise quand tout le monde prévoyait que serait présent le candidat issu des primaires de la droite et du centre.

Il y a à peine trois ans seulement, Emmanuel Macron était encore totalement inconnu du grand public, œuvrant dans l’ombre comme conseillé du président avant de devenir ministre de l’Économie. Et voilà qu’en quelques mois à peine, l’inconnu, le jeune énarque qui jamais ne s’est présenté à aucune élection, accède aux plus hautes fonctions, élu président de la République à moins de 40 ans. Du jamais vu en France. Plus jeune encore que le prince Napoléon, élu au suffrage universel en 1848 (futur Napoléon III) et nettement plus jeune que Valéry Giscard D’Estaing, élu à 48 ans en 1974.

Autre résultat de cette improbable élection, la décomposition de la scène politique qui se distribue désormais entre mondialistes et souverainistes, clivage par lequel devront se répartir les courants et les chapelles appartenant aux futurs-ex-partis de droite et de gauche, PS et LR, sans oublier le centre, UDI et Modem, et les écologistes qui, déjà, sont dispersés façon puzzle comme dirait Michel Audiard.

Le combat politique opposera demain les tenants de la mondialisation – et donc, de l’Union européenne qui en est l’émanation- aux tenants du retour à l’État souverain qui dénoncent les travers de cette mondialisation et qui, donc, sont critiques vis à vis de l’Union européenne, souhaitant une autre Europe ou la rupture avec celle-ci.

Être mondialiste, c’est approuver la globalisation économique, financière, marchande ou culturelle, c’est prôner le libre échange des marchandises et des capitaux dans le monde entier et la libre circulation des hommes au sein de l’Europe. Être mondialiste, c’est aussi, selon l’opinion répandue, être de son siècle, ouvert à la modernité et aux autres, être prêt à accueillir toutes les innovations alors qu’être souverainiste, c’est vouloir recouvrer une souveraineté perdue ce qui suppose un retour à l’état antérieur qui, naturellement, conduit les tenants du progrès à dénoncer le caractère rétrograde de l’entreprise qualifiée de conservatrice, réactionnaire ou passéiste. Être souverainiste, disent les mondialistes, c’est opter pour le repli sur soi qui signe une phobie du monde, des autres, de l’avenir… quand ces derniers dénoncent l’allégeance des États – et donc des peuples – aux instances supranationales qui régissent l’économie globalisée (FMI, Banque Mondiale, OMC entre autres et, en Europe, la Commission européenne), une allégeance coupable de porter atteinte aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et donc, coupable de porter atteinte à la démocratie.

Dans un monde ouvert et devenu global, les uns se veulent les ardents défenseurs de la liberté individuelle quand les autres défendent la liberté des peuples ; les uns appréhendent leur vie dans « l’ici et maintenant », un ici qui peut aussi bien être un ailleurs (en Suisse : suivez mon regard), un « Heimat » qui est l’endroit où l’on décide de résider, alors que les autres conçoivent leur existence en référence à un patrimoine et à un héritage qui les amènent à éprouver leur vie comme installée dans une identité et dans un projet collectif qui conservent un cadre historique et national.

Sont ainsi posés les éléments soutenant deux conceptions de l’individu dans son rapport au monde tel qu’il est au siècle où nous sommes et où, pour la première fois dans l’Histoire, est posée la question de l’avenir de l’homme aussi bien physiquement (menacée par la guerre nucléaire) que mentalement (quand sont attaquées les identités nationales dans un monde d’uniformisation culturelle). Or, bien souvent, le débat verse dans l’invective, les uns, mondialistes, étant accusés d’être les valets des puissances d’argent (qui existent), accusés également d’être de doux rêveurs pacifistes et libertaires ou alors d’être de ces « bourgeois-bohèmes », sorte d’héritiers des soixante-huitards quand les autres, souverainistes, sont renvoyés au passé obscur des nationalismes qui menèrent aux guerres d’extermination dont on exhume régulièrement les atrocités, devoir de mémoire oblige, parmi lesquelles, horreur des horreurs : la Shoah. Plus tendance et censée tout résumer cette dernière invective : les uns sont des «europhiles» parce qu’opposés à d’affreux « europhobes », une appellation qui sous-entend qu’ils sont un peu malades comme le sont les claustrophobes, les agoraphobes, les nosophobes et, plus encore, les homophobes et les islamophobes de fâcheuse réputation.

C’est donc dans ce contexte qu’est intervenu le premier tour de cette élection présidentielle qui permet d’évaluer les forces électorales des deux camps.

Du côté des mondialistes, on relève :

  • 24,01 % pour Emmanuel Macron, digne représentant des mondialistes,
  • 20,01% pour François Fillon, dont les troupes sont toutefois bigarrée comprenant quelques « euroseptiques » comme Henri Guaino, et
  • 6,36% pour Benoît Hamon représentant d’un PS et d’une partie des écologistes dont certains ne sont pas franchement « europhiles » ou mondialistes.

soit : 50,38%

Du côté des souverainistes, on relève :

  • 21,3% pour Marine Le Pen qui veut renégocier les traités européens ou sinon sortir de l’UE afin de pouvoir mettre en œuvre son programme de préférence nationale
  • 19,58% pour Jean-Luc Mélenchon qui veut à peu près la même chose que le FN vis à vis de l’UE mais pour pouvoir mener une politique qui soit vraiment de gauche
  • 4,7% avec Nicolas Dupont-Aignan qui veut une autre Europe, une Europe des nations
  • 1,72% pour les partis de la gauche révolutionnaire farouchement opposés à la mondialisation
  • 0,92% pour François Asselineau qui propose une sortie de l’EU, de l’euro et de l’OTAN et qui est le plus nettement antimondialiste
  • 0,18% pour Jacques Cheminade qui combat le pouvoir de la finance internationale

soit :48,30% (Nonobstant le score de Jean Lasalle, le poète-paysan égaré en politique, celui-ci étant inclassable ce qui, pour moi, est une forme d’hommage à l’homme).

 

Autant dire que la France est également partagée avec, contrairement à ce qui apparaît dans les chiffres, un léger avantage aux souverainistes car il existe quelques égarés, troupes de Jean-Pierre Chevènement ou d’Arnaud Montebourg chantre du « produire français » restées proches du PS et chez Les Républicains, ceux qui suivent un personnage comme Henri Guaino qui cultive l’ambiguïté. Avantage aussi du fait que les souverainistes se répartissent dans des formations relativement nouvelles comme le FN, version relookée par Marine Le Pen qui demain changera sans doute d’appellation, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et l’UPR de François Asselineau alors que les mondialistes, soi-disant novateurs, appartiennent à des partis politiques vieux comme Mathusalem avec un PS créé en 1969 succédant à une SFIO née en 1905 et un parti Les Républicains, dernier avorton de l’UNR fondée en 1958 avec le retour de de Gaulle au pouvoir et qui donna l’UDR, en 1967, puis le RPR, en 1976, et l’UMP en 2002. Tout cela fait sacrément daté pour qui, étant mondialiste, se veut le chantre de la modernité. Mais tout cela est amené à changer à l’issue de cette élection.

Nous allons donc vivre, sauf imprévu, cinq années supplémentaires où rien de fondamental ne se produira. Le mandat d’Emmanuel Macron sera dans la continuité de ce qui se fait depuis que s’applique le traité de Maastricht (et ceux qui suivent) si bien que l’hôte de l’Élysée n’est plus qu’un simple gestionnaire-comptable ainsi que l’avouait François Mitterrand qui, en maître d’œuvre machiavélique, avait ouvert cette voix européenne sans doute pour y laisser sa trace dans l’Histoire quand, en France, en 1983, était devenu patent son échec à créer une France socialiste à laquelle il ne croyait pas lui-même. Sans doute aussi, espérait-il ainsi, sur la scène européenne, dépasser la figure de de Gaulle, son rival historique.

Mais en réalité, en œuvrant pour la future Union européenne, François Mitterrand n’a fait que servir les intérêts américains auxquels de Gaulle avait toujours tenté de résister.

Nous en sommes là.

Nous en étions là car une partie de l’édifice mitterrandien vient de s’effondrer : le PS d’Épinay est mort.

François Hollande, l’homme du compromis, l’homme de la synthèse, le fils spirituel de François Mitterrand, le plus petit commun dénominateur des primaires socialistes de 2012 après qu’un scandale a éliminé le favori d’alors, un certain DSK (tiens donc, un scandale ! mais aucun rapport avec François Fillon), François Hollande, donc, fut un élu par défaut, objet du rejet d’un Nicolas Sarkozy jugé indigne de la fonction présidentielle. Ayant échoué dans sa lutte contre le chômage, faute de pouvoir se présenter à sa propre succession, François Hollande a achevé de détruire l’édifice mitterrandien dont il était l’héritier mais, pour ne pas mourir totalement, il a passé le relai à sa créature, Emmanuel Macron.

Ainsi que je l’écrivais dans mon dernier livre : « L’impuissance au pouvoir », ce dernier était non pas un félon mais un missile chargé de dynamiter la droite et le centre et de rapporter les 7 millions d’électeurs qui avaient soutenu François Bayrou en 2007 sur le thème « ni droite, ni gauche ». Candidat « surprise », il est élu, porté par l’oligarchie qui tient les médias et les organismes de sondages ;  il laisse derrière lui un PS moribond et une droite aux abois, en attendant les élections législatives qui promettent de nouvelles surprises.

À suivre dans les jours qui viennent.

A propos pascaldubellé

Auteur de romans
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