Ces molécules qui soulagent les douleurs de l’âme

world-1185076__180

D’après des études sérieuses et répétées, il paraîtrait que les Français seraient les champions du monde de la consommation de psychotropes, vous savez, ces petites pilules qui soignent nos dépressions, soulagent nos angoisses ou combattent nos insomnies. La pilule du bonheur, clamaient les Américains en désignant le prozac ! Pilules miracles pour beaucoup, pilules de confort, pilules dangereuses pour d’autres, rendues responsables de tous les maux et de tous les désordres, poursuivies en justice, accusées, entre autres choses, d’avoir poussé à un homicide ou au suicide (le prozac encore ou, si ce n’est lui, ses frères les ISRS : Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine, dont nous reparlerons).

Encensés ou décriés, les psychotropes font  désormais partie de notre environnement et ils y occupent une place plus importante chaque jour qui passe. Mais que prend-on quand on absorbe des tranquillisants, des antidépresseurs, des somnifères ou autres anti-paniques ou bien encore, des antipsychotiques. Eh bien, pour le savoir, je vous propose de remonter dans l’histoire et de suivre la genèse de ces médecines de nos émotions affolées qui font nos peines et nos peurs. Savoir comment on les a découvertes portera un éclairage utile à tout ce que vous avez voulu savoir sur ces molécules du cerveau qui soulagent les douleurs de l’âme.

L’essentiel de ce qui concerne la pharmacopée psychiatrique prend son origine dans les décennies 1950 et 1960. Avant cette période, les malades étaient en proie à leurs peurs, à leurs délires ou à leur détresse sans que l’on soit en mesure de les soulager véritablement. Ceux qui étaient hospitalisés l’étaient durant des années, à vie parfois, livrés à d’épouvantables souffrances. Faute de pouvoir  soulager ces malheureux, les médecins les observaient attentivement et rangeaient leurs troubles selon un classement de plus en plus précis. Parfois, étaient tenté un traitement psychologique ou moral ; ailleurs, on recourrait à des traitements de choc de toutes sortes. Parmi ces méthodes,  les plus modernes, à l’époque, étaient l’insulinothérapie qui consistait à injecter de l’insuline au patient afin de produire un coma par défaut de sucre dans le sang ,  ou bien encore la malaria thérapie où, en inoculant l’agent de la malaria, on provoquait un état fébrile salutaire, sans oublier les électrochocs apparus au milieu des années 30 et dont tout le monde a entendu parler. Quant à la pharmacie, elle ne proposait que très peu de produits. Il y avait le sirop de chloral, bien insuffisant à réduire les angoisses des patients les plus agités, délirants ou en état d’excitation incoercible et le gardenal, un barbiturique, peu efficace là encore et dont on apprenait à connaître les effets indésirables. Et c’est à peu près tout. L’espérance de vie des aliénés était largement entamée et ils mourraient généralement en état de démence, démence précoce – c’était le nom donné à la schizophrénie – ou démence vésanique, engendrée par la maladie mentale. Dément ou fou, était des termes confondus dans le langage populaire de cette époque et c’est sans doute pourquoi, aujourd’hui, on préfère le terme d’Alzheimer à celui de démence, cette dégénérescence qui touche le cerveau de nos séniors.

Telle est la situation lorsqu’en 1950, au Val-de-Grâce, le docteur Henri Laborit tente de mettre au point un produit qui pourrait être utile aux anesthésistes en leur permettant de lutter contre les réactions allergiques aux conséquences parfois fatales : le choc opératoire. Il s’intéresse en particulier à la chlorpromazine, une molécule fournie par les laboratoires Rhône-Poulenc. Et là, chose étrange, il remarque que cette nouvelle molécule laisse les patients dans un état de détente et d’indifférence durant les heures qui suivent le réveil post-opératoire. Comprenant l’intérêt qu’il y aurait à tirer de cette substance pour la psychiatrie, il propose à ses collègues psychiatres militaires de l’expérimenter. Ils se montrent septiques. Alors Laborit se rend à l’hôpital Sainte-Anne, tout près du Val-de-Grâce, et finalement ce sont les professeurs Delay et Deniker qui parviennent à démontrer l’activité remarquable de la chlorpromazine dans le traitement des agitations et des délires jusqu’alors irréductibles. Ainsi naquit le largactil, antipsychotique de la première génération, un terme qui sera employé bien plus tard, Delay et Deniker définissant ce produit comme étant un neuroleptique pour signifier qu’il enserre les nerfs car, si le largactil calme les angoisses et réduit agitations et hallucinations, il engendre également et systématiquement des troubles neurologiques qui s’apparentent à la maladie de Parkinson, donnant un air figé au patient. C’est notamment cette allure caractéristique qui contribua à l’appellation de camisole chimique utilisée par les détracteurs.

Autre date, 1957. Après la découverte de la chlorpromazine issue d’un produit qu’on va dire anti allergie pour ne pas employer le terme plus exact d’antihistaminique, une autre molécule assez proche, ayant une analogie structurale et des propriétés assez voisines, intéresse les chercheurs : l’imipramine. Mais ses effets antipsychotiques ne sont pas probants et on pense l’abandonner quand Roland Kühn s’aperçoit qu’elle agit sur des patients dépressifs. L’imipramine, appelée tofranil, devient alors le premier médicament antidépresseur.

Dans le  même temps, aux États-Unis, ayant remarqué l’effet euphorisant, désinhibiteur et psychostimulant de certains médicaments antituberculeux, on expérimente l’un d’eux chez des malades dépressifs ; ce sera l’iproniazide appelé marsilid dont le mode d’action, en inhibant l’activité d’une enzyme, la mono amine oxydase, est totalement différent de celui du tofranil. Une autre famille d’antidépresseurs est née, les IMAO (Inhibiteurs de la Mono Amine Oxydase), alternative intéressante au tofranil qui devient chef de file de la famille des antidépresseurs tricycliques. Bien plus tard, dans les années 80, sera découvert, par hasard, la fluoxétine qui deviendra le chef de file d’une nouvelle famille d’antidépresseurs, les ISRS. Ces derniers auront l’immense avantage d’engendrer beaucoup moins d’effets indésirables que leurs prédécesseurs, une qualité qui fera leur succès. Et tout le monde connaît désormais cette fluoxétine dont le nom commercial est le prozac.

Autre avancée. En1949, en Australie : la découverte des sels de lithium dans le traitement de ce qu’on appelait encore la psychose maniaco-dépressive devenue aujourd’hui troubles bipolaires. On la doit au docteur Cade qui étudie une substance potentiellement utile en rhumatologie quand il s’aperçoit que le solvant qu’il emploie pour rendre son produit injectable possède un effet calmant sur l’animal. Ce solvant contient du sel de lithium, un ion métallique très léger. Cade expérimente alors son solvant au lithium dans le traitement des agités. L’effet est intéressant mais malheureusement il y a des accidents dont certains sont mortels. Le produit est abandonné jusqu’à ce qu’un Danois, Morgen Schou, reprenne l’expérience pour tenter de comprendre pourquoi certains patients ont été intoxiqués et d’autres pas ; il émet alors l’hypothèse que la toxicité, comme l’efficacité, seraient liées à la concentration du lithium dans le sang. Quinze années sont nécessaires pour démontrer cette hypothèse, surmonter les appréhensions et aussi, il faut bien le dire, la réticence des laboratoires pharmaceutiques pour lesquels ce produits a l’inconvénient d’être peu rentable économiquement parlant. Aussi, ce n’est qu’à la fin des années 1960 que ce traitement finit par s’imposer. En surveillant la concentration sanguine en lithium pour ajuster la dose utile et éviter les surdosages, on a modifié radicalement l’évolution des troubles bipolaires, espaçant les rechutes et atténuant l’intensité des moments critiques. Plus tard, certains médicaments  utilisés dans le traitement de l’épilepsie démontreront une activité comparable à celle du lithium et compléteront l’arsenal thérapeutique : ce seront la carbamazépine ou tégrétol et les valproates que sont la dépamide et plus récemment le dépakote.

Quant aux tranquillisants usuels, ils voient le jour en 1960 avec le librium à partir de produits réputés pour avoir une action relaxante sur les muscles. Suivront le valium et tous ses dérivés que sont le tranxène, le lexomil, le témesta, le xanax et tant d’autres médicaments aujourd’hui largement prescrits et qui appartiennent à une famille de produits qu’on appelle les benzodiazépines, un nom en rapport avec la structure moléculaire de base. En abrégé : les BZP.

Ainsi, comme on le voit, contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant une certaine presse ou certains articles spécialisés, aucune des grandes découvertes en matière de médicaments psychotropes n’est issue de la recherche pure ou fondamentale ; tous, neuroleptiques, anti psychotiques, antidépresseurs, tranquillisants… ont été découverts de façon fortuite grâce à l’observation attentive des malades et à la curiosité de leurs médecins. Ce sont donc des découvertes totalement empiriques et les neurosciences qui, parfois, l’oublient ou tentent de le faire oublier, n’ont fait, en réalité, que suivre les pas des médecins.

Donc, après qu’un médecin a repéré les propriétés psychotropes d’une substance, la recherche en pharmacologie s’empare de la dite substance pour l’étudier. Et là, deux remarques préalables s’imposent. La première consiste à mettre l’accent sur le fait qu’en pharmacologie la recherche incombe aux laboratoires pharmaceutiques privés. Or, concevoir un médicament a un coût. On va donc au plus simple et on va se contenter d’éprouver des molécules de structures chimiques identiques ou très proches de celles des substances révélées empiriquement. On va faire porter la différence sur un ou deux radicaux en plus ou en moins en espérant améliorer l’efficacité tout en réduisant autant que possible les effets indésirables. Ainsi sont nés par tâtonnement  les « enfants » du largactil, du tofranil, et plus tard, ceux du prozac, lui-même découvert fortuitement. La seconde remarque concerne le caractère scientifique de la recherche en pharmacologie car, si en effet la pharmacologie est bien une science, pour autant elle n’est pas une  science exacte, ou dure, comme peuvent l’être les mathématiques qui reposent sur la démonstration d’une logique infaillible. Ici, on œuvre dans le champ des sciences humaines fondées sur l’observation et sur l’expérimentation avec tout ce que cela comporte d’approximation. Qu’on en juge.

Mettre au point un nouveau psychotrope suit un long processus expérimental avant que celui-ci obtienne une autorisation de mise sur le marché. Une première étape passe par des tests effectués sur l’animal, un rat en général, qui permet de repérer les effets indésirables, de déterminer les doses thérapeutiques, toxiques et celle qui entraîne la mort, la dose létale, mais aussi, et c’est une part essentielle, d’évaluer les propriétés cliniques du produit. Et pour cela, on a recours à des modèles expérimentaux pour désigner des rats inquiets ou stressés et d’autres, « déprimés ». Eh oui ! Des rats « déprimés » ! Nous mettrons donc de gros guillemets autour du terme déprimé car, si un rat peut être apeuré et s’il est possible de l’apaiser chimiquement, la dépression d’un rat de laboratoire est, elle, beaucoup moins évidente, étant même, il faut bien le dire, inexistante. Qui a vu un rat exprimer sa tristesse, se plaindre de douleur morale ou être abattu par le poids de la culpabilité ou de la honte, ne plus avoir d’élan vital ou avoir des idées suicidaires? Personne bien sûr car cela n’est pas. En fait notre rat « déprimé » n’est qu’un rat inhibé, amorphe ou émotif. Si bien qu’en réalité, selon le modèle établi, la molécule censée être un antidépresseur sera celle qui désinhibera notre pauvre rongeur, celle qui le déstressera ou qui le stimulera. Mais peut-on pour autant la considérer, à ce stade de l’expérience, comme ayant véritablement des vertus antidépressives ?  Sans doute pas. Première approximation. Première incertitude.

Arrivent ensuite les essais cliniques sur l’homme : ce sont les phases deux et trois. La phase deux se déroule sur des volontaires sains, des hommes ou des femmes qui acceptent de servir de cobayes moyennant une rémunération. Cette étude sur l’homme permet d’affiner les posologies utiles et de préciser les éventuels effets indésirables intervenus aux différents dosages. La phase trois est plus intéressante car elle s’effectue sur des malades choisis généralement en milieu hospitalier. Si nous reprenons notre molécule supposée avoir des vertus antidépressives, nous pourrons l’éprouver sur un lot de patients souffrant réellement de dépression mentale. L’étude clinique suit alors un protocole assez strict permettant de sélectionner les malades retenus, lesquels recevront soit un antidépresseur de référence, soit la nouvelle molécule, soit, parfois, un produit placébo, c’est-à-dire un produit neutre, dénué de principe actif. Ce genre d’étude est conduite le plus souvent en double aveugle c’est à dire que ni le médecin prescripteur, ni le patient ne sait si ce qui est prescrit appartient au lot contenant l’antidépresseur de référence ou à celui contenant la nouvelle molécule ou bien le placébo. Seul le laboratoire expérimentateur sait et il ne lève l’aveugle qu’à la fin de l’étude ou lorsqu’intervient un incident.

Entrons un peu dans les détails d’un protocole type et nous verrons que, là encore, en matière de dépression, une marge d’incertitude demeure. En effet, la plupart de ces protocoles d’étude utilisent deux échelles pour sélectionner les patients et mesurer leur évolution sous traitement ; ces échelles sont la MADRS et l’échelle de dépression de Hamilton. Le score obtenu détermine ce qu’est un état dépressif majeur nécessaire pour inclure un malade dans l’étude. Or, beaucoup d’items de ces échelles répondent également à l’anxiété ; le sentiment de tension intérieure, les difficultés de concentration, un trouble de l’appétit ou un sommeil perturbé par exemple peuvent être dus aussi bien à l’angoisse qu’à la dépression.  Quand on sait que l’anxiété est souvent associée à la dépression, on voit là que les phénomènes sont de discrimination malaisée. Ce qui prévaut dans la dépression, c’est la tristesse qui peut atteindre un degré tel qu’on parle alors de douleur morale, de celle qui plombe l’existence et fait vivre au ralenti ; c’est aussi l’abattement, l’incapacité à éprouver le moindre plaisir aux choses, l’incapacité d’entreprendre la moindre action ou alors, sous peine de fournir un effort ; le dépressif n’a plus de jus, plus de ressort, plus d’envie. Voilà ce qui caractérise la dépression. Et voilà bien ce sur quoi les médicaments réputés antidépresseurs qui passent par ces études cliniques semblent buter en dernier ressort : sur cette incapacité foncière du dépressif à jouir de la vie et sur la douleur morale qui l’accompagne.

Ce dont on s’aperçoit en cabinet, c’est qu’ils apaisent le sentiment de tension, qu’ils sont parfois psychostimulants, qu’ils émoussent la part émotionnelle du patient déprimé qui, dès lors, peut se sentir moins vulnérable ; mais au-delà, il n’est pas certain que ces substances nouvelles aient une action caractérisée sur le noyau de la dépression contrairement  à ce qu’on pouvait observer avec les molécules mères que sont le tofranil et l’anafranil.

Cette limite à l’effet clinique du prozac sur la dépression, et qui s’étend à ses molécules sœurs les ISRS, a porté certains chercheurs à mettre en doute les propriétés antidépressives de ces médicaments ; elle a aussi conduit à les tester dans les troubles anxieux. Et les résultats furent tout à fait probants. Si bien qu’aujourd’hui, ces produits sont indiqués pour traiter la plupart des troubles anxieux (attaque de panique,  phobies, obsessions-TOC…) réalisant désormais une alternative heureuse aux tranquillisants dérivés du librium ou du valium (les BZP). Les ISRS suppléent ainsi à des substances qui ont une fâcheuse tendance à entraîner une baisse de la vigilance pouvant atteindre la somnolence et qui ont aussi l’inconvénient d’induire une regrettable pharmacodépendance au bout de quelques semaines de traitement, ce qui n’est pas le cas avec les ISRS.

L’observation et l’expérimentation, ont donc permis la découverte et la mise au point de psychotropes de plus en plus efficaces et ayant de moins en moins d’effets indésirables ; mieux tolérés, leur prescription s’en trouve facilitée et l’adhésion du patient au traitement s’en trouve renforcée. Tout n’est pas parfait, bien sûr, mais cela représente néanmoins un net progrès même si sont soulevées des questions liées à leur essor considérable et à leur généralisation sur les ordonnances.

Mais quittons désormais la médecine et la pharmacologie pour nous arrêter un temps sur quelques points qui concernent un autre domaine qui a pris son essor dans le sillage des psychotropes : celui des neurosciences. Après le temps de l’observation, donc, la première question qui s’est posée fut celle de savoir comment ça marche ?

Un début de réponse est venu des neuroleptiques, de ce largactil qui enserre les nerfs. Ce traitement, on l’a noté,  engendre systématiquement des troubles neurologiques proches de ceux observés dans la maladie de Parkinson. Or, on savait que cette affection est liée à une dégénérescence d’une partie centrale du cerveau qui entraîne un déficit en dopamine, une substance essentielle à la transmission d’informations entre les cellules nerveuses situées à cet endroit. À partir de là, grâce à des techniques de marquage radioactif des substances psycho-actives, on a commencé à mieux comprendre ce qui se passe au niveau des membranes des cellules du cerveau et au niveau des échanges entre ces mêmes cellules nerveuses ; le rôle d’autres substances a été mis en évidence parmi lesquelles la noradrénaline, la sérotonine, le GABA ou l’endorphine qui sont autant de neurotransmetteurs. Ainsi, a-t-on montré que la fluoxétine (le prozac) inhibe sélectivement la recapture de la sérotonine, d’où le terme d’ISRS qui désigne cette famille d’antidépresseurs.

Plus tard, l’imagerie cérébrale est parvenue à localiser les zones du cerveau concernées par l’action de tel ou tel psychotrope ; de cette manière, on peut suivre l’activité d’un médicament, ce qui peut être utile en clinique mais aussi dans la recherche en pharmacologie.

Aujourd’hui, on a donc une connaissance de plus en plus précise des mécanismes d’action des médicaments du cerveau : on sait quelles modifications ils produisent sur la cellule nerveuse et on sait aussi sur quelles zones du cerveau ces médicaments interviennent. De là à penser que la dépression, les hallucinations, les troubles obsessionnels compulsifs par exemple seraient la conséquence du dérèglement de l’activité de tel ou tel neurotransmetteur en telle ou telle partie du cerveau, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir. Or, cette conclusion est tout à fait hâtive et relève, pour l’heure, d’un syllogisme. Suivez le raisonnement :

– des médicaments agissent sur l’angoisse, le délire ou la dépression,

– ces médicaments entraînent des modifications de l’activité  des neurotransmetteurs en certains points du cerveau,

– donc, – et c’est ce donc qui pose question – des variations au niveau des neurotransmetteurs génèrent les troubles que viennent ensuite corriger les médicaments psychotropes.

En mathématique, cela revient à mettre un signe « équivalent à » à la place d’un signe « implique ». C’est donc une erreur ou un abus.

Une autre question agite la recherche en neurosciences, celle de savoir si une anomalie génétique se trouve à la source du dysfonctionnement de notre cerveau. Et là, contrairement à ce qui est parfois annoncé à grand renfort de  publicité, rien  n’est moins sûr. Actuellement, seules les études épidémiologiques permettent d’étayer cette hypothèse dans certaines affections psychiatriques que sont les troubles bipolaires et la schizophrénie. Mais tant que la séquence chromosomique supposée en cause n’est pas identifiée, on ne peut rien affirmer.

La recherche progresse et la connaissance avance mais c’est un peu comme aller à la rencontre de l’horizon ; chaque nouvelle découverte soulève autant sinon plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Les questions soulevées par les neurosciences fascinent l’opinion qui s’emballe à chaque annonce d’une étude, américaine en général, qui prétend avoir trouvé la cause de l’alcoolisme, du comportement criminel, du comportement antisocial, et de toutes sortes de comportements considérés comme anormaux, déviants ou pathologiques ; elle coure, cette opinion, après une explication donnée à nos folies car bien sûr, savoir ce qui cause un tel désordre, la rapporter à une anomalie génétique rassurerait tout le monde. La cause serait organique et la cause serait entendue. Le « fou » serait génétiquement différent de nous. La famille, la société n’y serait pour rien. Ouf ! Seul responsable : le chromosome 11, ou le 13, dont la séquence quatre ou six serait anormale. On pourrait détecter l’anomalie chromosomique par une simple prise de sang et mettre le malade potentiel ou futur sous traitement préventif – certains y songent déjà pour les sujets à risque (forte hérédité) ou pour ceux qui présenteraient des signes avant-coureurs qui, pour l’heure, restent à préciser. On pourrait aussi, pourquoi pas, faire pratiquer un prélèvement prénatal et envisager l’avortement thérapeutique ; on pourrait également déconseiller fortement aux malades de se reproduire. Ainsi, pourrait-on, à terme, éradiquer la folie de nos sociétés. Le rêve ! À moins que tout cela ne soit un pur cauchemar ! À vous de juger.

Depuis les années 80, étant de mieux en mieux tolérés, les psychotropes jusqu’alors réservés aux patients des psychiatres sont prescrits par les médecins de ville. Mieux acceptés, ils sont même réclamés pour parer aux insomnies, aux angoisses à la dépression et, au-delà, pour nous aider à surmonter un deuil ou tout simplement pour nous aider à supporter nos soucis quotidiens, notre stress ou notre douleur d’exister. Plébiscités, ils sont dans le même temps suspectés. Sont-ils si efficace qu’on le prétend ? Un article de presse, dernièrement, relatait les doutes de certains médecins concernant les propriétés réellement antidépressives des nouvelles molécules. Sont-ils si inoffensif qu’on le dit ? Là encore, un article récent alertait l’opinion sur une étude mettant en cause les psychotropes dans la maladie d’Alzheimer. Ailleurs, on met en garde sur les méfaits de certains antipsychotiques ; nécessaire information après l’affaire du médiator ; principe de précaution. Mais rappelons-nous ce qu’étaient la psychiatrie avant l’avènement des psychotropes.

Alors, allez savoir ? Pilules miracles ? Pilules du bonheur ? Pilules de tous nos tourments ? Ou bien alors, camisoles chimiques, molécules diaboliques conduisant au lavage de cerveau ou à l’abrutissement des masses ?

Alors : remède ou poison ? L’un et l’autre et les deux à la fois. Mais si l’on en croit les enquêtes, la défiance n’empêcherait pas nos concitoyens de recourir à toute sorte de psychotropes sur ordonnances mais pas seulement ; champion du monde, ils ne sont pas loin de l’être également en matière de consommation d’alcool, un tranquillisant naturel – les Italiens nous devanceraient – et notre jeunesse (et des moins jeunes) n’ignore plus rien des vertus du cannabis, autre produit naturel.

Et nous qui vantons notre art de vivre et la douceur de notre beau pays ! Douce France, chantait Charles Trenet.

A propos pascaldubellé

Auteur de romans
Cet article, publié dans Non classé, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s