Jacques Attali a dit

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Commentaire:

Je ne comprends pas.

De qui parle monsieur Attali quand il invoque les Européens des années 20 ? Pour moi, ces Européens étaient alors les habitants d’une Europe des nations. Chacun, Français, Allemand, Italien, Britannique… se considérait comme citoyen de son pays et non comme Européen. Donc, le terme « Européen(s) » me semble inapproprié car anachronique. Puis il nous dit que les États-Unis se sont installés comme « deus ex machina » d’une Europe inconséquente. Mais qui a fait appel aux Américains entre 1940 et 1945 pour délivrer le monde de l’Allemagne nazie ? Les Européens ? Ah bon ! Les Italiens ? L’Italie était fasciste. Les Espagnols ? L’Espagne était franquiste. Les Français ? La France vivait sous le régime de Vichy. Quant aux Français de la France libre, celle de Londres, je crois savoir que de Gaulle n’a pas pensé à l’Amérique, pas plus d’ailleurs que les Français de la Résistance intérieure dont une majorité était communiste. Qui alors, sinon la Grande-Bretagne de Churchill ? Ainsi, les Européens qui ont imploré les États-Unis d’intervenir étaient les Britanniques et ce qu’il restait de démocrates sur le continent. C’était peu. Et puis il convient quand même de préciser que si les Américains se sont engagés militairement dans la guerre en Europe, c’était aussi, nonobstant les arrière-pensées politiques rappelées par l’auteur, parce qu’il y avait eu Pearl Harbor.

Ensuite, invoquer la sclérose de l’économie européenne pour justifier le plan Marshall est un peu spécieux car l’Europe n’était pas économiquement sclérosée (ce qu’elle est sans doute aujourd’hui) mais ruinée par cinq années de guerre. La reconstruction était une aubaine pour l’économie du géant américain. Enfin, parler des missiles US pour nous protéger des missiles soviétiques ou russes, c’est faire peu de cas de la politique de défense de la France qui, grâce à de Gaulle, était indépendante et qui, pour ce qui relève du nucléaire, l’est encore.

À partir de 1945, il y eut l’Europe de l’ouest opposée à celle de l’est sous tutelle soviétique. Puis il y eut la CEE et donc « les Européens ». Mais dans cette Europe de l’ouest, qui étaient les Européens naïfs zélateurs des États-Unis ? C’était, comme on disait, les atlantistes brocardés comme parti de l’étranger. Certes, si beaucoup d’Européens, dont la RFA militairement bridée, regroupés dans l’OTAN, comptaient sur la protection militaire des États-Unis, pour autant, tous, loin de là, n’étaient pas des laudateurs de l’Amérique. Les gaullistes, mais aussi les communistes, nombreux dans l’après-guerre, n’ont jamais considéré le soutien américain comme étant altruiste.

L’auteur dit n’avoir pas été dupe. Très bien. Pourtant, conseiller du président François Mitterrand, il a apporté une contribution non négligeable au traité de Maastricht alors même qu’il savait que les Américains agissaient en sous-main pour maintenir l’Europe sous tutelle, comme il le dit ici sans détour. Elle l’est désormais. Et Donald Trump ne se gêne pas pour le lui signifier quand avant lui, Kennedy, en 1962, avait royalement ignoré le continent européen alors qu’il était sur le point de déclencher l’apocalypse nucléaire dans le bras de fer qui l’opposait à l’URSS à propos des missiles soviétiques déployés à Cuba.

Qui est cynique ? L’Amérique vraiment ? Pas plus que n’importe quel État cherchant à servir ses intérêts et ceux de ses électeurs lorsqu’il s’agit d’une démocratie. Et ce n’est pas cyniquement mais bien naturellement que la tentation hégémonique l’emporte quand un État devient première puissance économique d’un monde qui, après Hiroshima, bannissant la suprématie des armes, a instauré celle de l’argent.

Dans ce monde de l’après-guerre dominé par les empires économiques, la France devait être plus forte en étant dans l’Europe. C’est ce qu’a toujours clamé monsieur Attali.  Or, sachant ce qu’il dit avoir toujours su du cynisme américain, comment a-t-il pu alors mettre sur les rails de la vassalisation à Washington une structure européenne dans laquelle la France, comme les 27 autres pays qui constituent la communauté européenne, est entravée jusqu’à la paralysie par les dispositions du traité de Lisbonne héritier de celui de Maastricht ? De fait, la sclérose économique de cette Europe, dénoncée par lui, est consubstantielle du fonctionnement même de l’édifice européen tel qu’il existe désormais et auquel Jacques Attali a travaillé : rien d’essentiel dans cette Europe ne peut évoluer sans majorité absolue. Aussi, tout est figé. Ce n’est pas le glacis soviétique, c’est le glacis européen. Et notre pays, comme les autres, est pris dans la glace. Alors de là à réclamer plus d’Europe, c’est à dire, plus de glace !

Dès lors, relancer le projet d’une Défense européenne suppose, notamment, que l’Allemagne, démunie d’armement nucléaire et dont les forces armées sont bridées, renonce à la protection que lui offre les États-Unis via l’OTAN ; cela suppose aussi que les pays de l’ex-Europe de l’est et plus particulièrement les pays frontaliers de la Russie renoncent également à la protection que leur offre l’OTAN. Et tout cela se ferait contre la volonté de Washington pour qui l’OTAN est l’un des leviers qui nous maintient sous domination ?

Pareille émancipation souhaitée par l’auteur ne semble donc pas pour demain.

Jacques Attali vit un rêve. Le genre de rêve évoqué dans son Verbatim quand, à l’approche de l’élection présidentielle de 1988, l’auteur souhaitait l’instauration sur l’ensemble du continent d’une forme de sécurité sociale (un mieux-disant-social) alors qu’il ne pouvait ignorer, en économiste et en libéral qu’il est, que la rentabilité pousse à la réduction de la masse salariale et donc à la baisse des protections sociales. D’ailleurs, nous sommes 30 ans plus tard et nous avons vu baisser la masse salariale en Europe et diminuer la protection sociale. Et ce n’est pas fini, Goldman Sachs recommandant à la France de réduire encore de 20% cette même masse.

Décidément, cet article me laisse perplexe et monsieur Attali demeure une énigme à vouloir se jouer ainsi d’une réalité dont il connaît parfaitement les contours et qui, inévitablement, finit par s’imposer. Je ne comprends pas alors pourquoi il faudrait plus d’Europe quand la logique qu’il nous indique nous inciterait, au contraire, à sortir de l’OTAN et de cette Europe. Là sera la réalité de demain. Ce qui se passe en Italie et en Allemagne en est un signe avant-coureur.

Décidément je ne vous comprends pas monsieur Attali.

Je ne comprends pas.

 

 

 

 

 

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Billet d’humeur à propos du livre des professeurs Even et Debré.

Je reprends ici un billet d’humeur posté sur mon site il y a quelques temps au moment de la publication du livre des professeurs Debré et Even qui mettait en cause l’utilité de nombreux médicaments. Depuis cette publication, les professeurs Debré et Even ont été radiés de l’Ordre des médecins.

À propos du livre des professeurs Even et Debré : Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux

Chaque année, les comptes de la sécurité sociale sont en déficit (28 milliards en 2010, 21 milliards en 2011) et parmi ceux-ci, les comptes de l’assurance maladie qui représentent près de la moitié du « trou » soit, d’une année à l’autre, une coquette somme comprise entre 8 et 11 milliards d’euros. Pour les finances publiques, il y a là une source d’endettement chronique que personne ne semble pouvoir tarir. Régulièrement, on augmente les recettes et on diminue les dépenses mais ces mesures sont impopulaires et s’avèrent notoirement insuffisantes. Chaque année, la Cour des Comptes édite un rapport, pointe les défaillances, propose des pistes pour tenter de retrouver l’équilibre. Mais rien ne semble pouvoir enrayer la tendance déficitaire ; le trou de la sécu est un tonneau des Danaïdes et tout le monde semble s’y résigner. Alors laissons faire et tentons de limiter la casse semblent dire les gouvernants et les acteurs sociaux concernés. C’est structurel ; attendons le retour de la croissance et la baisse du chômage.

Et puis est arrivé le livre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré, un Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux qui nous apprend que près de 40% des médicaments les plus prescrits sont inutiles et parfois dangereux ; ne plus les rembourser, ce qui serait le moins, ferait économiser à l’assurance maladie, affirment les auteurs, entre 10 et 15 milliards d’euros chaque année soit un peu plus que le déficit actuel de la branche maladie.

Si je me fie au  succès d’édition de l’ouvrage qui, malgré son prix (de près de 24€), son volume (870 pages) et son aspect technique, a tiré à plus de 200 000 exemplaires, je me dis que cela mérite que l’on y regarde de plus près.

Alors j’ai lu ce gros livre presqu’intégralement, m’arrêtant plus particulièrement sur les pages qui me concernent et sur lesquelles je vais revenir. Et là, je dois le confesser, en lisant certains chapitres, je suis tombé de ma chaise.

Pour commencer, il y a cette histoire de cholestérol, une histoire proprement hallucinante comme dirait l’inénarrable Fabrice Luchini ! Voilà des années qu’on nous bassine avec le cholestérol, ces mauvaises graisses qu’il faut absolument bannir de notre assiette au grand dam des bouchers-charcutiers et des fromagers ! Cela fait des années qu’on nous serine à longueur de spots publicitaires qu’il y a les bonnes graisses qui font la fortune des fabricants de margarines et autres produits plus ou moins enrichies en oméga 3! Mais en réalité, nous disent les auteurs, tout cela ne serait que billevesées ! Bon ou mauvais cholestérol, rapport du bon sur le mauvais prédictif d’un risque cardiovasculaire, tout cela serait totalement bidon : une gigantesque arnaque montée par les laboratoires pharmaceutiques afin d’écouler des tonnes de comprimés inutiles et dangereux mais terriblement lucratifs ! Un à deux milliards d’euros par an. Voilà le coût de l’affaire pour la sécu et celui des bénéfices encaissés. Et n’est pas compté le prix des bilans sanguins censés suivre le taux des divers lipides. Tout cela pour rien !

Comme beaucoup de nos concitoyens, je suis tombé des nues. Comme eux, comme nos gouvernants qui accordent les autorisations de mise sur le marché des médicaments, je me serais fait rouler par le lobby pharmaceutique qui met en avant les dangers fictifs du cholestérol. J’y ai cru. Et pourtant je suis médecin. Certes, je ne suis pas cardiologue, mais tout de même ! Sachant que la plaque d’athérome est essentiellement composée d’un dépôt graisseux, il me paraissait logique qu’elle soit en rapport avec une hypercholestérolémie. Eh bien que nenni ! Il n’y aurait pas de lien évident entre cette maladie artérielle et la quantité de cholestérol charriée par le sang ; les graisses peuvent glisser le long des parois de nos artères sans que cela contribue à les obturer. Si bien que dans 90% des cas les statines, ces médicaments anti cholestérol, seraient totalement inutiles dans le traitement préventif de l’athérome. Inutiles et dangereuses. Douloureuses ajouterai-je après les avoir absorbées durant plusieurs années suite à la pose d’un ressort sur une de mes artères coronaires et alors que mon mauvais cholestérol flirtait avec la limite supérieure autorisée. Un moment, les douleurs étaient telles que j’ai pensé débuter une sclérose en plaque ou je ne sais quelle autre affection neurologique tout aussi sympathique. Et autour de moi, j’ai pu constater que je n’étais pas le seul dans ce cas et que les médecins, vis à vis de ces troubles, ne font pas le lien. Et ce sont antalgiques, antiinflammatoires qui s’ajoutent à l’ordonnance jusqu’à des séances de kiné. Tout cela étant inefficace. Et tout cela allongeant la note en médicaments, radios, explorations diverses qui, généralement ne montrent rien. Et il arrive même, alors, que le souffrant soit amené à consulter un psy. Aussi, lisant ce chapitre, ce fut stupéfaction et colère. Incrédulité également. Après tout, qui a raison, qui a tort ? Comment se faire une opinion quand on n’est pas expert ? Les références du livre, l’attitude des autres pays, de l’Angleterre en particulier : autant d’arguments solides. Peu ou pas de réactions argumentées des producteurs de statines et des laboratoires incriminés. Le doute est alors permis d’autant plus que les organismes chargés des évaluations et des contrôles, privés et publiques, ne sont pas vraiment neutres.

Hormis les allergologues qui n’ont pas appréciés d’être traités de charlatans au sujet des traitements de désensibilisation (d’où la radiation des auteurs), il est notable que ce livre pourtant très incisif n’a pas suscité de contre-feux ou de procès. Ceci porte à penser que le propos tenu est sérieux. Serait-ce alors un pavé jeté dans une mare dont le monde des initiés connaît la teneur saumâtre de l’eau ? Un coup du genre Médiator.

Propos sérieux malgré quelques erreurs de détail. Dans ma spécialité, j’ai noté que le tofranil, premier antidépresseur découvert est classé dans les IMAO alors que c’est un tricyclique ; autre erreur, Séroquel au lieu de Xéroquel, (le dernier antipsychotique prescrit en France). Détail. En revanche, je me montrerai critique sur l’appréciation portée sur les antipsychotiques dits de deuxième génération car, pour le clinicien que je suis depuis vingt cinq ans, ces produits sont une réelle avancée dans la prise en charge des patients car, à défaut d’être plus efficaces que les neuroleptiques sur le délire ou les hallucinations (encre que), ils sont infiniment mieux tolérés. Dès lors, l’évolution à long terme de ces maladies qui nécessitent la prise d’un traitement psychotrope en continu sur des années, voire sur une vie entière, n’est plus la même qu’antan. N’étant plus engourdis par ces nouvelles substances, alors que les neuroleptiques donnent au patient une attitude figée, et n’étant plus assommés par des neuroleptiques dénoncés comme étant des camisoles chimiques, les patients sous antipsychotiques acceptent beaucoup plus facilement de suivre leur traitement et recouvrent une qualité relationnelle perdue en raison de leurs troubles et qui demeurait entravée par les effets secondaires physiques et cognitifs des neuroleptiques. Aussi, l’évolution à long terme de ces affections psychotiques a radicalement changé grâce à ces molécules nouvelles même si tout n’est pas parfait sachant, en effet, que ces produits ne sont pas dénués d’effets indésirables ce qui est le lot de toute substance médicamenteuse active.

Pour le reste, ce qui est dit sur les tranquillisants et autres antidépresseurs rejoint ce que j’évoque dans mon article posté sur ce blog : Ces molécules qui soulagent les douleurs de l’âme.

Après avoir reposé ce livre, si je peux louer et remercier le professeur Debré pour avoir, avec son collègue, le professeur Even, levé le voile sur le business engendré par la pharmacopée mettant chacun – laboratoires pharmaceutiques, dirigeant et patients- devant ses responsabilités, je me tournerai vers le député Bernard Debré, ex-ministre, pour lui demander ce qu’attendent les hommes politiques de ce pays pour mettre de l’ordre dans cette gabegie ?

On nous parle d’économie à faire sur la santé mais c’est vers le patient qu’on se tourne, sur les médecins de moins en moins nombreux qu’on les fait reposer ainsi que sur les structures sanitaires (hôpitaux…), mais pas sur l’industrie pharmaceutique. Ce sont des emplois par milliers, me répondra-t-on, ceux d’une industrie elle-même concurrencée et vivant sous le joug des actionnaires. Alors on n’y touche pas. Même si cela nous coûte 10 à 15 milliards d’euros par an.

La volonté politique se heurte à la réalité du marché. Elle s’y résout. Nul doute sinon qu’aurait été créée depuis belle lurette une instance publique véritablement indépendante apte à juger des critères d’efficacité et de dangerosité des molécules proposées par l’industrie pharmaceutique et apte à déterminer également le juste prix de ces substances.

C’était il y a sept ans. Rien n’a changé. Et il est peu probable que cela change au cours des prochaines années.

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J’étais médecin de brousse quand l’Histoire s’est réveillée en Nouvelle-Calédonie

Bientôt, en novembre prochain, si tout se passe comme prévu, la Nouvelle-Calédonie votera par référendum pour décider de son avenir politique.

Ce vote intervient trente-quatre ans après les « événements » de novembre 1984 qui ont porté la revendication indépendantiste des occupants premiers, la population canaque de l’île. Suivirent la tragédie de la grotte d’Ouvéa en avril et mai 1988 dont le dénouement eut lieu dans l’entre deux tours de l’élection présidentielle, les accords de Matignon de 1988, puis ceux de Nouméa en 1998 qui prévoyaient le référendum qui va avoir lieu.

Ayant été témoin des « événements » de novembre 1984 alors que j’étais médecin de brousse à Ponérihouen, sur la côte est, en plein fief FNLKS, j’ai voulu partagé mon expérience et dire aussi fidèlement que possible ce que j’ai vécu et vu en cette période insurrectionnelle. Ce témoignage est complété par une mise en perspective historique et par une analyse de la situation politique récente du Territoire (celle de l’après-guerre). Suit une réflexion sur ce qu’est devenue la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et sur ce que peut être l’avenir de sa population aux origines et aux histoires si différentes.

 

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Le business des laboratoires pharmaceutiques

 

Voici ce que j’ai écrit lorsque parut le livre des professeurs Even et Debré :

« Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » aux éditions du Cherche-midi, novembre 2016.

Chaque année, les comptes de la sécurité sociale sont en déficit (28 milliards en 2010, 21 milliards en 2011) et parmi ceux-ci, les comptes de l’assurance maladie qui représentent près de la moitié du « trou » soit, d’une année à l’autre, une coquette somme comprise entre 8 et 11 milliards d’euros. Pour les finances publiques, il y a là une source d’endettement chronique que personne ne semble pouvoir tarir. Régulièrement, on augmente les recettes et on diminue les dépenses mais ces mesures sont impopulaires et s’avèrent notoirement insuffisantes. Chaque année, la Cour des Comptes édite un rapport, pointe les défaillances, propose des pistes pour tenter de retrouver l’équilibre. Mais rien ne semble pouvoir enrayer la tendance déficitaire ; le trou de la « sécu » est un tonneau des Danaïdes et tout le monde semble s’y résigner. La dernière campagne pour l’élection présidentielle en 2012 a à peine abordé la question. Ah, si : le FN a proposé de supprimer l’AME et de faire la chasse aux fraudeurs (il est vrai qu’un rapport de l’Assemblée nationale datant de juin 2011 venait d’estimer le montant de la fraude aux prestations sociales à une vingtaine de milliards par an, ce qui n’est pas rien). Mais la gauche désormais au pouvoir préfère gratter les fonds de tiroirs à la recherche de quelques centaines de millions d’euros et faire les poches des honnêtes citoyens plutôt que de pointer la fraude ce qui n’est pas dans sa culture. Alors laissons faire et tentons de limiter la casse semblent dire les gouvernants et les acteurs sociaux concernés. C’est structurel ; attendons le retour de la croissance et la baisse du chômage.

Et puis est arrivé le livre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré, un Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux qui nous apprend que près de 40% des médicaments les plus prescrits sont inutiles et parfois dangereux ; ne plus les rembourser, ce qui serait le moins, ferait économiser à l’assurance maladie, affirment les auteurs, entre 10et 15 milliards d’euros chaque année soit un peu plus que le déficit actuel de la branche maladie.

Comme beaucoup d’autres, si je me fie au  succès d’édition de l’ouvrage qui, malgré son prix (de près de 24€), son volume (870 pages) et son aspect technique, tire à plus de 200 000 exemplaires, je me suis demandé comment est-ce possible ?

Alors j’ai lu ce gros livre, m’arrêtant plus particulièrement sur les pages qui me concernent en tant que médecin psychiatre et sur lesquelles je vais revenir. Et là, je dois le confesser, en lisant certains chapitres, je suis tombé de ma chaise.

Pour commencer, il y a cette histoire de cholestérol, une histoire proprement hallucinante comme dirait Fabrice Luchini ! Voilà des années qu’on nous bassine avec le cholestérol, ces mauvaises graisses qu’il faut absolument bannir de notre assiette au grand dam des bouchers-charcutiers et des fromagers ; des années qu’on nous serine à longueur de spots publicitaires qu’il y a les bonnes graisses qui font la fortune des fabricants de margarines plus ou moins enrichies en oméga 3 et qui soutiennent le marché du poisson en vidant nos mers et nos océans. Bon cholestérol, mauvais cholestérol, rapport du bon sur le mauvais prédictif d’un risque cardiovasculaire, tout ça serait totalement bidon : une gigantesque arnaque montée par les laboratoires pharmaceutiques afin d’écouler des tonnes de comprimés inutiles et dangereux mais terriblement lucratifs. Un à deux milliards d’euros par an. Voilà le coût de l’affaire. Et encore, n’est pas compté dans ce chiffre le prix des bilans sanguins visant à contrôler le taux des divers lipides. Pour rien. Comme beaucoup de nos concitoyens, je suis tombé des nues ; comme eux, comme nos gouvernants qui accordent les autorisations de mise sur le marché des médicaments, je me serais fait rouler par les lobbies pharmaceutiques qui mettent en avant les dangers fictifs du cholestérol. Billevesées. J’y ai cru. Et pourtant je suis médecin. Certes, je ne suis pas cardiologue, mais tout de même ! Sachant que la plaque d’athérome est essentiellement composée d’un dépôt graisseux, il me paraissait logique qu’elle fût en rapport avec une hypercholestérolémie. Eh bien que nenni ! Il n’y aurait pas de lien évident entre cette maladie artérielle et la quantité de cholestérol charriée par le sang ; les graisses peuvent glisser le long des parois de nos artères sans que cela ne contribue à les obturer. Et dans 90% des cas, selon les auteurs du livre, les Statines seraient alors totalement inutiles en traitement préventif de l’athérome. Inutiles et dangereuses. Douloureuses ajouterai-je après les avoir absorbées durant plusieurs années suite à la pose d’un ressort sur une de mes artères coronaires et alors que mon mauvais cholestérol flirtait avec la limite supérieure autorisée ; un moment, les douleurs ressenties étaient telles que j’ai pensé débuter une sclérose en plaque ou je ne sais quelle autre affection neurologique tout aussi sympathique. Aussi, lisant ce chapitre ce fut stupéfaction et colère. Incrédulité également. Après tout, qui a raison, qui a tort ? Comment se faire une opinion quand on n’est pas expert ? Les références, l’attitude des autres pays, de l’Angleterre en particulier : autant d’arguments solides. Peu ou pas de réactions argumentées des producteurs de Statines et des laboratoires incriminés. Le doute est permis.

Hormis les allergologues qui n’ont pas appréciés d’être traités de charlatans au sujet des traitements de désensibilisation, il est notable que ce livre pourtant très incisif n’ait pas suscité plus de contre-feux ou de procès ce qui porte à penser que le propos tenu est sérieux. Serait-ce alors un pavé jeté dans une mare dont le monde des initiés connaissait la teneur saumâtre de l’eau ?

Propos sérieux malgré quelques erreurs de détail (dans ma spécialité, j’ai noté que le tofranil, premier antidépresseur découvert est classé dans les IMAO alors que c’est un tricyclique ; autre erreur, Séroquel au lieu de Xéroquel, dernier antipsychotique prescrit en France). Détail. En revanche, je me montrerai critique sur l’appréciation portée sur les antipsychotiques dits de deuxième génération car, pour le clinicien que je suis depuis vingt cinq ans, ces produits sont une réelle avancée dans la prise en charge des patients car, à défaut d’être plus efficaces que les neuroleptiques sur le délire ou les hallucinations, ils sont infiniment mieux tolérés. Dès lors, l’évolution à long terme de ces maladies qui nécessitent la prise d’un traitement psychotrope en continu sur des années, voire sur une vie entière, n’est plus la même qu’hier. N’étant plus engourdis par ces nouvelles substances alors que les neuroleptiques enserrent les nerfs comme l’indique leur nom et donnent une attitude figée, n’étant plus assommés alors que les neuroleptiques sont tous très sédatifs – au point que certains les désignaient comme des camisoles chimiques-, les patients qui reçoivent des antipsychotiques de seconde génération acceptent beaucoup plus facilement de suivre leur traitement et recouvrent ainsi une qualité relationnelle perdue en raison de leurs troubles et qui demeurait entravée par les effets secondaires physiques et cognitifs des neuroleptiques. Aussi, l’évolution à long terme de ces affections psychotiques a-t-elle radicalement changé grâce à ces nouvelles molécules, même si tout n’est pas parfait sachant, en effet, que ces produits ne sont pas dénués d’effets indésirables (ce qui est le lot de toute substance médicamenteuse active).

Pour le reste, ce qui est dit sur les tranquillisants et autres antidépresseurs rejoint ce que j’évoque dans mon article posté sur ce blog : Ces molécules qui soulagent les douleurs de l’âme 

https://wordpress.com/post/pascaldubelle.wordpress.com/85.

Dernier point, l’histoire du Baclofène dans le sevrage alcoolique ; j’en avais entendu parler par l’un de mes patients qui avait lu un article sur Internet mais je n’y avais pas accordé plus d’intérêt ni beaucoup d’importance. En fait, le Baclofène rejoindrait la liste des découvertes empiriques et s’avérerait réellement efficace dans le sevrage alcoolique et dans le maintien de celui-ci. Une réelle avancée donc car, en ce domaine, les molécules existantes  ne sont pas, loin s’en faut, d’une efficacité folle. Reste à espérer que le Baclofène parviendra à s’imposer malgré les barrages élevés par les laboratoires concurrents et  les autres auxquels cette molécule, déjà existante, ne rapporterait pas grand-chose.

Et cela me conduit à mon coup de gueule. Si je peux louer et remercier le professeur Debré d’avoir, avec son collègue, le professeur Even, levé le voile sur le business engendré par la pharmacopée mettant chacun – laboratoires pharmaceutiques, dirigeant et patients- devant ses responsabilités, je me tournerai vers le député Bernard Debré, ex-ministre, pilier de l’UMP  pour lui demander ce qu’attendent les hommes politiques de ce pays pour mettre de l’ordre dans cette gabegie ?

 

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  • Depuis, au prétexte d’avoir dénigré des confrères allergologues :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/18/les-mediatiques-pr-even-et-debre-interdits-d-exercer-pendant-un-an_4385317_3224.html

  • Depuis, les normes pour définir l’hypertension artérielle ont été revues à la baisse :

http://medactu.com/13080-nouvelle-norme-lhta/

 

 

 

 

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Entre l’absurdité et le chant d’espérance de Jean d’Ormesson

Alors que j’écrivais ces lignes, mourait Jean d’Ormesson. Je voudrais ici lui rendre hommage. Avec quelques autres, nombreux, il fait partie de mon Panthéon personnel. Va-t-il rejoindre l’Éternel ? Pour l’heure il demeure parmi nous. Ses livres nous accompagnent.

 

 

 

L’univers a une histoire, nous dit Jean d’Ormesson dans son livre « Comme un chant d’espérance » (1), quand longtemps il ne fut que présence, espace sensible de l’homme. Alors que les Anciens l’appréhendaient comme un ensemble immobile et éternel, nous savons depuis, grâce à la science, que notre univers n’est que mouvement, qu’il a une origine, celle du big Bang, et qu’il connaîtra une fin, cheminant inexorablement vers un terme dont les modalités restent incertaines (contraction et incandescence ou expansion et glaciation). Mais bien avant cela, lointain horizon, aura disparu le soleil après que la Terre sera redevenue inhabitable depuis belle lurette.

Il y a donc bien une histoire de l’univers avec un début que l’on peut situer à 13 milliards et 700 millions d’années derrière nous et un terme à peu près aussi éloigné. Il y a une histoire de l’univers comme il y a une histoire de l’humanité dont les balbutiements remontent à près de 100 000 ans et dont la fin serait proche, peut-être dans moins de deux siècles, à considérer l’avis des scientifiques (2).

Bien avant que la science ne fît tomber l’illusion d’éternité du monde dans laquelle vivaient nos ancêtres, un livre, la Bible, considéra ce monde comme une création dont la genèse et le terme sont l’œuvre d’un dieu créateur et maître de l’univers. Selon la Bible, Dieu est Éternité, cette éternité que nous pouvons situer hors des limites de l’univers et où nos âmes se retrouveront lorsque, par-delà la mort, elles seront conviées à rejoindre leur Seigneur et Maître. La croyance en une éternité spirituelle se substitue ici à l’illusion d’éternité matérielle des Anciens.

Contrepoint apporté à la croyance et à l’illusion, la certitude scientifique : celle d’une origine et d’un terme matériel de l’univers, de la vie sur Terre et de l’humanité dont les jours seraient désormais comptés. Pour la science, l’éternité, que d’aucuns nomment Dieu, ne saurait s’appliquer au monde ; elle le précède et elle lui succédera aussi, probablement (à moins que notre monde ne se fonde en un autre univers). La fin du monde aura donc lieu, que cette fin soit naturelle, qu’elle soit décidée par Dieu ou bien encore, ce qui est probable, qu’elle soit provoquée par l’homme.

Au début, nous apprend la science, il n’y avait qu’un tout petit rien, et ce tout petit rien sorti de l’éternité et du néant renfermait l’univers à venir. Ce fut le big Bang. Bien plus tard, sur la planète Terre, quand les conditions requises furent réunies, advint la vie. Le reste, dont nous-mêmes, n’est que le fruit du hasard et de la nécessité qui, partant de la simple bactérie, en passant par la plante puis par l’animal, donna l’homme quand se redressa l’australopithèque, qu’homo habilis puis homo erectus apprirent à se servir de leurs mains pour confectionner des outils et se défendre et qu’homo sapiens commença à parler et à penser. Naissance de l’humanité.

« Il n’y a qu’un choix, en fin de compte, nous dit Jean d’Ormesson, et tout se joue dans ce choix : entre le néant travaillé par le hasard et Dieu. Nous ne pouvons rien savoir du néant avant le big bang ni du néant après notre vie.  Les choses sont si bien tricotées que le mur de Planck et le mur de la mort sont également infranchissables.  Mais nous pouvons nous faire une idée de ce qui est possible et de ce qui est impossible. Si l’univers est le fruit du hasard, si nous ne sommes rien d’autre qu’un assemblage à la va-comme-je-te pousse de particules périssables, nous n’avons pas la moindre chance d’espérer quoi que ce soit après la mort inéluctable. Si Dieu, en revanche, et ce que nous appelons – à tort- son esprit et sa volonté sont à l’origine de l’univers, tout est possible. Même l’invraisemblable. D’un côté, la certitude de l’absurde. De l’autre, la chance du mystère. »

Sortis du néant et de l’éternité, il y a ce presque rien, l’univers, le soleil et la Terre, la vie et l’homme, roseau pensant de Pascal, conscient de lui-même, de sa fragilité et de sa finitude ; après cela, il y a la mort, la disparition de la Terre, du soleil, de l’univers qui s’évanouiront dans le néant et se perdront dans l’éternité. Telle est la certitude de l’absurde où nous porte la connaissance : absurdité d’une histoire qui, à se fondre dans le vide, n’aurait aucun sens. Nous en sommes là. Notre connaissance du monde nous a conduit à admettre que nous ne sommes pas au centre de l’univers et que la Terre tourne autour du soleil. Scandale ! Première blessure d’amour-propre. Après cela, nous avons appris que l’homme n’est que l’extrémité d’une branche de l’évolution animale sortie du vivant unicellulaire. Le singe est notre parent proche. Effarant ! Seconde blessure d’amour-propre. Et ce n’était pas fini car il apparaît, nous asséna Freud, que nous sommes guidés par notre inconscient plutôt que par la volonté consciente. C’est à ne pas croire ! Et maintenant, la science nous affirme que tout ce que nous sommes et tout ce qui nous entoure au plus loin que porte notre regard, chemine inexorablement vers son terme. Là, c’est carrément à désespérer ! Quel chemin de croix pour qui se pensait au cœur de tout, compensation narcissique à qui éprouve le malheur d’une condition humaine consciente de son insignifiance et de son impuissance devant la force d’une nature sauvage et tonitruante. Aujourd’hui, le progrès permet au roseau pensant de rivaliser avec la nature et de la dominer au moins partiellement. Mais ce qui pourrait apparaître comme une victoire de la civilisation et de la connaissance scientifique se paye au prix fort de l’angoisse, de la désespérance et même de la folie quand la réalité se découvre bornée autant qu’emplie par le non-sens. Toute chose, quelle qu’elle soit, n’a de sens que pour le temps qu’elle dure ; au-delà tout sens se perd dans le vide. L’absurdité nous recouvre. Voilà ce que notre époque nous révèle et voilà pourquoi Cioran, cité par Jean d’Ormesson, un homme dont le regard était dépouillé de toute illusion, pouvait écrire : « Les enfants que je n’ai pas eus ne savent pas tout ce qu’ils me doivent ».

Alors oui, Dieu pourrait bien être le sauveur, celui qui donne sens au vide, au rien, à l’infini, au néant, à l’éternité, au début et à la fin. Dieu serait tout cela, au rendez-vous de l’alfa et de l’oméga, il serait lieu de l’Éternité, de l’infini, du néant et du vide qui est en même temps lieu de la plénitude. Dieu plutôt que l’absurdité, celle de notre condition et de la mort, la nôtre, à titre individuel, et celle de l’humanité appelée à disparaître. Dieu serait ce sens qui nous est indispensable depuis que notre ancêtre, en accédant au langage, s’est mis à penser et à souffrir, gardant en mémoire ses déconvenues et s’angoissant du lendemain et de sa mort.

Mais Dieu est mort proclama Nietzsche. On le déplore. Plus rien ne saurait plus avoir de sens. Des tentatives pour le faire renaître ou maintenir l’illusion de Sa présence se dressent ici et là parmi la communauté juive qui s’enorgueillit de l’avoir révélé au monde ou parmi la communauté musulmane qui se flatte d’avoir recueilli son ultime message. Mais Dieu est bel et bien mort depuis que l’homme s’est émancipé pour prendre en main son destin. La science et le progrès technique lui permettent désormais de ne plus se sentir dominé par la nature ; pis, ce progrès lui permet de la détruire à petit feu ou de la ravager en quelques secondes seulement en appuyant sur un simple bouton d’où sortira l’apocalypse. Fin de 100 000 ans d’évolution. Fin de toute forme de civilisation sur Terre. Fin de l’humanité, de son histoire, de ses merveilles, de son génie. En appuyant sur un bouton, l’homme peut en finir avec lui-même et avec la création. Tout cela nous le savons. Et tout cela, selon toute probabilité, se produira tôt ou tard et sans doute avant que n’advienne le XXIIIème siècle.  Dieu est donc bien mort car Il ne saurait autoriser Sa créature à siffler la fin de la partie à Sa place et jamais il ne l’autorisait à détruire Son œuvre.

Jean d’Ormesson sait tout cela, exprimant à sa manière pourquoi nous en sommes là : « Tout se passe dans ce monde comme si Dieu avait confié ses pouvoirs au temps, appuyé sur le hasard et la nécessité… Il s’est rendu inutile à la marche du monde ». Et voilà où cela mena. Coupable confiance ? Négligence ? On ne saurait l’admettre du Tout-puissant. Indifférence alors, chaque élément de l’univers étant livré à son propre sort ? Mais, l’auteur du chant d’espérance ne peut se résigner à pareille hypothèse estimant qu’il est « impossible que l’ordre de l’univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens – inconnu de nous, bien entendu, mais malgré tout, un sens. Du coup, convient-il, je m’en remets à quelque chose d’énigmatique qui est très haut au-dessus de moi et dont je suis la créature et le jouet ». Du fond de son être, Jean d’Ormesson ne peut se résigner à concevoir le monde sans qu’existe un lien privilégié et de réciprocité entre Dieu et l’homme. « Dieu n’est rien sans les hommes », écrit-il, et « Sans Dieu, il n’y aurait pas d’histoire, mais ce sont les hommes qui font l’histoire… avec ses sens et sa pensée, l’homme crée une seconde fois le monde tiré par Dieu du néant infini et de l’éternité du rien ». Ainsi, peut-on conclure avec lui : « Le monde n’existerait pas sans Dieu et il ne serait rien sans les hommes ».

Entre absurdité et chant d’espérance : avons-nous encore le choix ? Il est à craindre que la réponse ne soit apportée dans un proche avenir. À moins que d’ici-là, nous prenant de vitesse, comme l’imaginait Jean d’Ormesson dans « Le rapport Gabriel », ne s’abatte sur nos têtes la divine colère comme cela fut du temps de Noé.

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-1 « Comme un chant d’espérance », Éditions Éloïse d’Ormesson, 2014.

-2 D’après les scientifiques qui règlent l’horloge de l’apocalypse, il ne nous resterait que 2 minutes et 30 secondes avant que l’aiguille n’atteigne l’heure fatale de minuit qui sonnera la fin du monde. Or, l’humanité ayant environ 100 000 ans d’existence, chaque minute représente alors une durée d’environ 70 ans (100 000/1440 – 24×60). En 2018, compte-tenu des nouvelles données concernant la Corée du Nord, il est probable que nous perdions encore 30 secondes.

 

 

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La loi travail a vu le jour il y a plus de vingt ans.

Lu dans l’excellent livre de Noam Chomsky : « Sur le contrôle de nos vies » à la page 18.

Je cite cet extrait qui s’appuie sur le World Development Report publié en 1995 par la Banque Mondiale et où il est question pour les dirigeants d’asseoir la discipline tout en sapant la sécurité des travailleurs par la menace de mutation et par ce qu’on appelle « la flexibilité du marché du travail« .

Il est essentiel, dit le rapport, d’accroître la flexibilité du travail – même si ce terme a acquis la mauvaise réputation d’être un euphémisme, synomyme de diminution des salaires et de licenciement des travailleurs (ce qui est exactement le cas) dans toutes les régions du monde… Les réformes les plus importantes impliquent la levée des contraintes pesant sur la mobilité du travail et la flexibilité des salaires, aussi bien que la suppression dans les contrats de travail de toute référence  aux services sociaux. Ce qui signifie, ajoute Noam Chomsky, supprimer les avantages et les droits acquis en des générations de haute lutte.

C’était en 1995, il y a 22 ans.

Les États-Unis adoptèrent cette mesure qui accompagna l’économie libérale et la globalisation mise en oeuvre après la rupture des accords de Bretton Woods ; la Communauté européenne issue de Maastricht en fit la promotion ; l’Allemagne de Gerhard Schröder l’appliqua dans son agenda 2010 tant vanté et présenté comme modèle par certains politiciens français comme François Bayrou ; quant à la France, il fallut attendre François Hollande et Emmanuel Macron pour la mettre en oeuvre, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy étant parvenu à en différer l’application, le premier en jouant la montre, le second en invoquant la crise issue du krach boursier de 2008. Car en effet, il est question par cette mesure de rogner les acquis sociaux si chers aux Français et qui composent une part non négligeable du pacte social scellé à la Libération.

Une page est tournée. Mais qui peut vraiment croire que tout cela va dans le bon sens, que ces décisions sont prises dans notre intérêt et que nous allons ainsi vers le meilleur des mondes ?

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La dette souveraine pour une souveraineté perdue

Depuis quelques années déjà, il est question de la dette dont le montant est devenu astronomique au point que le seul remboursement des intérêts représente désormais le deuxième poste budgétaire de l’État français (plus de 45 milliards d’euros en 2016).

Certains usent de cet état de fait pour nous culpabiliser au motif que nous coûtons trop cher (salaires et cotisations/prestations sociales trop élevés) et nous amener à accepter les recommandations de Goldman Sachs enjoignant notre gouvernement à réduire la masse salariale de 20%. D’autres, ce qui va dans le même sens, dénoncent la gabegie de l’État qui dépense trop si bien que, année après année, depuis 1974 date du dernier exercice budgétaire en équilibre, se creuse le déficit qui alimente la dette.

Pas du tout, dit un petit nombre d’économistes, dont Étienne Chouard, AJ. Holbecq ou P. Derudder, la dette ne répond pas tant à l’accumulation des déficits budgétaires qu’au fait qu’à partir de 1973 (Giscard étant ministre des Finances de G Pompidou avant d’accéder à la Présidence), obligation fut faite à l’État d’emprunter au seul secteur privé (avec intérêts donc) quand jusqu’alors il empruntait à 0% auprès de la Banque de France. Si bien qu’aujourd’hui, 45 ans plus tard, le montant cumulé des intérêts versés aux organismes prêteurs du secteur privé se monte  à environ 1 400 milliards d’euros  (estimation faite en euro courant et non en euros constant). Le montant de notre dette étant de près de 2 100 milliards d’euros, cela signifie que les 2/3 de celle-ci découlent de la décision prise en 1973. Ainsi, sans ces fichus intérêts, notre dette ne serait que de 700 milliards d’euros, une somme très supportable donc et qui, elle, étant dénuée d’intérêts, n’obérerait pas notre avenir.

Mais alors se posent quelques questions.

  • Pourquoi l’État français a-t-il pris cette décision en 1973 et pourquoi n’est-il jamais revenu dessus depuis (du moins jusqu’à 1992, date des accords de Maastricht qui généralisèrent la décision au niveau européen) ?
  • En 1973, l’État avait-il un besoin d’argent tel que les ressources de la Banque de France ne suffisaient pas ?
  • En 1973, emprunter aux marchés financiers (banques privées, fonds d’investissements, assurances), pour des dépenses d’investissements lourds, représentait-il une alternative aux emprunts du type Pinay (1952) ou Giscard (1973) qui tous deux ont coûté un bras, indexés malencontreusement sur le Napoléon pour l’un, sur l’or pour l’autre, l’emprunt Giscard ayant ainsi coûté la coquette somme de 76,7 milliards de francs pour 6 récoltés ?
  • Autre souci de l’époque, l’inflation qui, couplée aux dévaluations, était un fléau. En 1973, n’était-ce pas là la raison principale du choix comme elle fut, aux États-Unis, la raison qui poussa à la rupture des accords de Bretton Woods (une inflation américaine due en grande partie au fardeau de la guerre au Vietnam selon Noam Chomsky) ?
  • Cette décision d’emprunter uniquement sur les marchés financiers privés n’est-elle pas aussi une des conséquences indirecte de la fin des accords de Bretton Woods qui, en désindexant le dollar de l’or, entraîna le flottement des monnaies liées à un étalon dollar instable et dévalué ? Aussi pour mettre un terme aux ravages causés par le couple inflation/dévaluation, ne jugea-t-on pas préférable de maintenir le recours à l’emprunt à intérêts plutôt que d’accorder aux États la facilité d’abuser de la planche à billets via les banques centrales nationales, ruinant au passage le secteur bancaire privé ?
  • Au plan européen enfin, la peur de l’inflation de triste mémoire en Allemagne, car rendue responsable de de la chute de la République Weimar et de l’accession au pouvoir d’Hitler, n’a-t-elle pas conduit à intégrer cette mesure dans le traité de Maastricht, la verrouillant par là même ?

Quoi qu’il en soit, plus de quarante années plus tard, emprunter aux marchés financiers se révèle une mesure désastreuse, les États étant désormais étranglés par leurs dettes, des dettes qui, par ailleurs, pour ce qui concerne la France, sont contractées auprès d’organismes majoritairement étrangers (une part qui tend cependant à diminuer). Si bien que non seulement les États se sont passé la corde au cou, mais de plus, ils se sont rendu totalement dépendants de l’étranger. De là, peut-être, la « sage » précaution prise par nos dirigeants en 2007 de supprimer de la constitution les crimes de haute trahison et d’attentat contre la sûreté de la République (sait-on jamais, un jour, peut-être, les Français, ouvrant les yeux, pourraient bien demander des comptes puisque ce sont eux, nos représentants, garants de notre indépendance qui, en pleine « guerre économique », ont livré le pays aux puissances d’argent majoritairement américaines ou, pour le moins, lui ont tiré une balle dans le pied).

En l’état, depuis Maastricht, aucun gouvernement de l’Union européenne ne peut décider de rompre avec cette pratique consistant à emprunter à intérêt plutôt qu’à taux nul auprès des banques centrales nationales. Pourtant, toutes les grandes nations de l’Union sont concernées par le poids de la dette y compris la vertueuse Allemagne dont la dette est de près de 2 100 milliards d’euros quand l’ensemble des pays de cette même Union traîne une dette de 12 400 milliards d’euros ce qui représente en moyenne 83,5 % du PIB européen.

Mettre un terme à ce système nécessite, en Europe, que l’unanimité soit recueillie afin de modifier l’article 123 du traité de fonctionnement de l’UE (TFUE) qui a repris l’article 104 du traité de Maastricht. Or, obsédée par son passé, l’Allemagne s’y refuserait, l’inflation étant pour elle le pire de maux (l’ombre d’Hitler plane encore sur la conscience allemande et au-delà).

Au plan national français, lors de la dernière élection présidentielle, aucun candidat, même parmi les plus « rebelles », nationalistes ou anticapitalistes, n’a sérieusement abordé cette question et proposé de revoir les modalités d’emprunt. Or, pour les nationalistes, cette question ne peut être qu’essentielle puisque le pays est captif des intérêts privés et étrangers quand les anticapitalistes ne sauraient tolérer plus longtemps cette mainmise de l’argent sur le destin des peuples. Eh bien force est de constater qui ni madame Le Pen, ni monsieur Dupont-Aignan, ni les leaders de la France anticapitaliste, ni monsieur Mélenchon, le grand insoumis, n’ont soulevé ce problème qui, en toute logique aurait dû les conduire à proposer pour le moins une modification de l’article 123 du TFUE, et, plus sérieusement, une sortie de l’UE par l’application de l’article 50 du TUE ainsi que l’ont fait les Britanniques et ainsi que le propose François Asselineau.

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VERSION CONSOLIDÉE DU

TRAITÉ SUR LE FONCTIONNEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE

Article 123 (ex-article 101 TCE)

  1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci- après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
  2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne, du même traitement que les établissements privés de crédit.

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Sans doute la crainte du bannissement et de la mort politique a-t-elle tempéré les ardeurs de ces « opposants » au système vu le sort réservé à François Asselineau sur les médias, seul homme politique français à proposer de sortir de l’UE, préalable indispensable à qui voudrait redonner à l’État sa liberté vis-à-vis des marchés financiers. Mais, plus encore que la sortie de l’Union européenne, est tracée là, assurément, une ligne jaune absolue, une ligne rouge que nul ne saurait franchir quand bien même le système en place irait à sa perte et alors même que ce système produit des inégalités insupportables, appauvrissant les uns, nombreux, pour enrichir les autres, une poignée de milliardaires, 1826, qui possèdent à eux-seuls 7 050 milliards de dollars soit plus de la moitié de l’ensemble des dettes des pays de l’UE http://www.humanite.fr/infographie-qui-sont-les-1826-milliardaires-dans-le-monde-567260 .

Pourtant, au point où en sont les choses, alors que les États croulent sous les dettes et que l’Europe est menacée d’implosion, édifier de nouvelles règles paraît souhaitable, des règles qui permettraient que ni les États ni les marchés ne soient mis en difficulté. Ainsi, pourquoi ne pas permettre aux États d’emprunter aux Banques centrales pour ce qui concerne les dépenses de fonctionnement, la mauvaise dette, en limitant l’obligation d’emprunt sur les marchés financiers aux dépenses d’investissements, la bonne dette ? Mais un pays, fût-ce la France, peut-il opérer seul un tel changement sans mettre en péril son économie et ses finances ? Un tel changement de règle, s’il devait intervenir, ne relève-t-il pas davantage d’une décision commune européenne ? On sait ce que l’Allemagne en pense mais sait-on ce qu’en penserait le gouvernement américain qui lui ne s’interdit pas d’émettre des obligations auprès de la Réserve fédérale américaine (Entre 2008 et 2012 la Réserve fédérale a acheté 2 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain ; source Wikipédia) ?

Dans l’immédiat, gageons que rien ne changera, tant que l’Allemagne redoutera plus que tout l’inflation et tant que les États-Unis ne trouveront aucun intérêt à l’affaire, bien au contraire, l’Europe traînant un boulet qui la rend moins compétitive et qui sape la souveraineté des États qui la composent.

DOCUMENTATION

https://www.youtube.com/watch?v=jxhW_Ru1ke0

https://www.youtube.com/watch?v=ZE8xBzcLYRs

http://www.democratieevolutive.fr/index.php/fr/Economie-a-Valeurs-Ajoutees-Humaines/interets-de-la-dette-de-la-france.html

https://www.youtube.com/watch?v=_CchOY6ZAKk

Contrepoint

 https://www.youtube.com/watch?v=9Febr9kKeaY&index=12&list=PLKVgrNogVYWJqaYEsmyfKUgW2ciQfuHv-
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L’imposture se porte bien

L’imposture est l’une des marques de notre époque. Ce n’est pas la seule mais celle-là est peut-être la plus sournoise. Suivre Roland Gori sur ce thème ne peut que nous éclairer sur ce phénomène.

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La guerre des graines

Avant de signer des accords commerciaux de libre-échange avec le Canada (CETA) puis avec les États-unis (TAFTA), il est bon de savoir avec qui nous négocions et imaginer ce qui pourrait advenir de pareils accords.

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Noam Chomsky analyse notre monde.

Une analyse certes assez pessimiste mais que je partage. Outre le danger d’une guerre nucléaire toujours imminent et celui plus lointain d’un désastre climatique, j’ajouterai le danger d’une universalisation de la culture gagnée par la culture occidentale ce qui correspond en fait au néant culturel.

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